Tōshi Gisei

投子義青
Touzi Yiqing · 1032–1083
École
Chan Caodong (Sōtō Zen)
Maître
Taiyō Kyōgen (大陽警玄) — transmission indirecte via Fushan Fayuan (法遠)
Disciples
Fuyō Dōkai (芙蓉道楷, 1043–1118), Dahong Baoen
Fonction
45e patriarche du Sōtō Zen · Abbé du monastère Touzi
Œuvre principale
Divers kōans et entretiens conservés dans les chroniques du Chan
Tōshi Gisei
Public domain — Wikimedia Commons

Présentation

Tōshi Gisei (Touzi Yiqing, 1032–1083) est le 45e patriarche du Sōtō Zen, héritier indirect de Taiyō Kyōgen par l'intermédiaire de Fushan Fayuan (école Linji). Né dans le Henan, il étudia d'abord l'école de la Conscience-seule et le Huayan avant de se tourner vers le Chan. Fushan Fayuan, qui détenait le sceau de Taiyō, lui transmit le dharma de l'école Caodong, réalisant ainsi la prophétie de Taiyō. Installé au monastère Touzi, il fut le maître de Fuyō Dōkai, le futur grand restaurateur de la lignée.

Biographie

Tōshi Gisei (Touzi Yiqing en chinois), parfois appelé Touzi Qing Huayan, naît en 1032 à Qingshe, près de l'actuelle Yanshi dans la province du Henan, sous la dynastie des Song du Nord. Selon le Wudeng Huiyuan (Compendium des Cinq Lampes), il quitte ses parents à l'âge de sept ans pour étudier le bouddhisme au temple Miaoxing, où il est d'abord formé dans la tradition de l'École de la Conscience-seule (Yogacara).

Trouvant la densité de ces enseignements insatisfaisante, il se tourne vers l'école Huayan (Avatamsaka), dont l'étude des textes lui révèle à son tour les limites du langage pour exprimer la vérité ultime. Il se rend alors auprès du maître Chan Fushan Fayuan (également connu sous le nom de Yuanjian), un maître de l'école Linji qui avait été disciple de Taiyō Kyōgen.

Gisei demeure au monastère Touzi (投子), dont il tire son nom, et y enseigne jusqu'à sa mort en 1083. Il est le maître de Fuyō Dōkai, qui deviendra le grand restaurateur de l'école Caodong.

La transmission de la robe et du bol

Tōshi Gisei est sans doute le personnage le plus singulier de la lignée Caodong. Il n'a jamais rencontré ni étudié avec celui qui est officiellement considéré comme son prédécesseur, Taiyō Kyōgen. Cette situation est une exception unique dans l'histoire du Zen, où la transmission directe de maître à disciple est la règle absolue.

Avant de mourir, Taiyō Kyōgen avait confié sa robe et son bol — symboles de la transmission du dharma — à Fushan Fayuan (991–1067), un de ses disciples qui avait déjà reçu la transmission dans l'école Linji. Fayuan garda ces symboles pendant quarante ans, cherchant un digne héritier. Il reconnut finalement Tōshi Gisei comme le véritable successeur de Taiyō et lui remit la robe et le bol, faisant de Gisei l'héritier « posthume » de Taiyō — sans que les deux hommes ne se soient jamais rencontrés.

« Bien que tu n'aies jamais rencontré Dayang, tu es son véritable fils dans le dharma. Cette robe et ce bol ont traversé deux générations pour te trouver. »
— Fushan Fayuan, remettant les symboles de transmission à Tōshi Gisei

Le chercheur Morten Schlütter souligne que cette forme de transfert de lignée « n'a pas de parallèle dans la littérature Chan ancienne ». Le Xudeng Lu de 1101 mentionne Gisei et neuf autres disciples de Taiyō, mais précise que Gisei n'a jamais reçu la transmission directement de Taiyō. La biographie de Juefan Huihong (1119) tente de solidifier ce lien fragile en présentant Gisei comme le « véritable fils » de Taiyō.

L'éveil de Fuyō Dōkai

Parmi les dialogues conservés entre Gisei et son disciple Fuyō Dōkai, le plus célèbre relate l'éveil de ce dernier :

Fuyō demanda : « Les paroles des bouddhas et des patriarches parlent de choses quotidiennes comme boire du thé ou manger du riz. En dehors de cela, l'enseignement a-t-il quelque chose de spécial pour les hommes ou non ? »

Gisei dit : « Tu profères l'édit de l'Empereur Cosmique. Prétends-tu être Yao, Shun, Yu et Tang ou non ? »

Fuyō voulut continuer à parler, mais Gisei leva son chasse-mouches et le plaça sur la bouche de Fuyō, disant : « Si tu as une intention, tu mérites déjà trente coups de bâton ! »

Fuyō connut alors l'éveil. Il s'inclina et se tourna pour partir.

Gisei dit : « Reviens ! Ta Révérence ! »

Fuyō l'ignora.

Gisei dit : « Es-tu parvenu au lieu sans doute ? »

Fuyō alors se couvrit les oreilles avec ses mains.

— Dialogue entre Tōshi Gisei et Fuyō Dōkai, tiré de Zen's Chinese Heritage

Enseignements

Gisei, parfois surnommé Touzi Qing Huayan en raison de sa profonde connaissance des enseignements de l'école Huayan, intégrait la philosophie de l'interpénétration universelle (le « filet d'Indra ») dans son expression du Chan Caodong. Son enseignement se caractérise par une grande familiarité avec les textes classiques, associée à la liberté d'expression propre aux maîtres Chan.

« La pratique de toute une vie est comme un bateau qui traverse la rivière. Une fois arrivé sur l'autre rive, le bateau est laissé derrière. Mais si tu n'as jamais traversé, ne dis pas que le bateau est inutile. »
— Tōshi Gisei

Ses dialogues et ses sermons, conservés dans les compilations de la Transmission de la Lampe, révèlent un maître soucieux de préserver l'authenticité de la transmission Caodong tout en s'adaptant aux défis de son époque. Il insiste sur la nécessité de la pratique méditative assidue et de la simplicité — deux traits qui marqueront profondément son disciple Fuyō Dōkai.

Héritage

En tant que 45e patriarche, Tōshi Gisei est le maillon qui permit à la lignée Caodong, au bord de l'extinction du vivant de Taiyō Kyōgen, de retrouver sa vitalité. Son disciple Fuyō Dōkai (46e patriarche) est considéré comme le grand restaurateur de l'école, et sans la transmission que Gisei reçut de Fayuan, Dōgen n'aurait jamais rencontré le Sōtō Zen au Japon.

Il est mentionné dans la généalogie récitée lors des cérémonies Sōtō (dentō), entre Taiyō Kyōgen (44e) et Fuyō Dōkai (46e).

Sources

  • Morten Schlütter, How Zen Became Zen: The Dispute over Enlightenment and the Formation of Chan Buddhism in Song-Dynasty China, University of Hawai'i Press, 2008
  • Andy Ferguson, Zen's Chinese Heritage: The Masters and Their Teachings, Wisdom Publications, 2011 — pp. 410-414
  • Wudeng Huiyuan (五燈會元) — Compendium des Cinq Lampes
  • Juefan Huihong, Chanlin sengbao zhuan (1119) — Chronique du Trésor du Sangha
  • Wikipedia — Touzi Yiqing

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