Kōbun Chino Otogawa

Présentation
Kōbun Chino Otogawa (1938–2002) fut l'un des passeurs les plus discrets et les plus profonds du Zen Sōtō entre le Japon et l'Occident. Arrivé aux États-Unis en 1967 à l'invitation de Shunryū Suzuki, il resta toute sa vie un enseignant sans institution, sans ambition, sans mise en scène — attentif à la personne qui se tenait devant lui plus qu'à la construction d'une école.
Il demanda qu'on l'appelle simplement par son prénom, refusant les titres de sensei ou de rōshi. Cette sobriété dit l'essentiel de sa manière : une présence, pas une fonction.
Biographie
Kōbun Chino Otogawa (乙川弘文) naît le 1er février 1938 au Japon, fils d'un prêtre Sōtō. Il est ordonné à l'âge de douze ans — l'entrée dans la voie se fait pour lui avant même l'adolescence.
Il suit des études à l'Université Komazawa, puis obtient une maîtrise en bouddhisme du Grand Véhicule à l'Université de Kyōto. Il accomplit ensuite trois années de formation monastique à Eiheiji, le temple-mère fondé par Dōgen. Parmi ses maîtres figure Kōdō Sawaki, le moine errant — ce qui fait de lui, par sa formation, un proche parent spirituel de Deshimaru et de la lignée européenne.
En 1967, il part pour San Francisco à l'invitation de Shunryū Suzuki et devient son assistant au Tassajara Zen Mountain Center, où il demeure jusqu'en 1970. À la mort de Suzuki, en 1971, il prend la direction du Haiku Zen Center de Los Altos, qui deviendra Bodhi, et le reste jusqu'en 1978. Il participe aussi à la fondation du Santa Cruz Zen Center.
Il fonde ensuite Hōkōji, près de Taos, au Nouveau-Mexique, enseigne régulièrement à l'Université Naropa, et crée en 1983 le centre de retraite de Jikoji, dans les montagnes de Santa Cruz.
Il meurt le 26 juillet 2002 en Suisse, en tentant de sauver sa fille Maya, cinq ans, tombée d'un ponton ; elle se noie également. Sa mort porte la marque de sa vie : aucun geste de côté, aucune hésitation.
L'enseignement
Otogawa n'a pas laissé de système. Il répondait à ce qui se présentait, dans la langue de celui qui demandait, sans jamais se placer au-dessus. Son enseignement tenait dans la manière plus que dans la doctrine — une attention constante portée au détail, au corps, à la justesse d'un geste ordinaire.
Il attachait une importance particulière à la pratique dans la vie quotidienne, et à ce que le Zen ne se sépare jamais de l'existence concrète : le travail, les relations, la marche, le silence partagé. Ce qui comptait n'était pas de bien comprendre, mais d'être là.
Héritage vivant
Ses héritiers du Dharma sont établis des deux côtés de l'Atlantique — notamment Angie Boissevain à San José, Martin Mosko à Boulder, Michael Newhall à Los Gatos, et en Europe Vanja Palmers, qui a longtemps enseigné en Suisse.
Son influence ne tient pas à une organisation mais à une qualité de présence, transmise de personne à personne. Beaucoup de pratiquants occidentaux d'aujourd'hui, sans le savoir, descendent par un lien ou par un autre de ce maître effacé.