Kōbun Chino Otogawa

乙川弘文 — 1938–2002 · Le maître de Jikoji, passeur entre le Japon et l'Occident
Kōbun Chino Otogawa
CC BY-SA 3.0 · Nicolas Schossleitner — Wikimedia Commons
École
Sōtō Zen (日本曹洞宗)
Naissance
1er février 1938 · Japon
Décès
26 juillet 2002 · Suisse
Maître
Kōdō Sawaki (澤木興道) · Shunryū Suzuki (鈴木俊隆)
Disciples
Angie Boissevain · Vanja Palmers (Lucerne) · Martin Mosko · Michael Newhall
Fonction
Prêtre Sōtō · assistant au Tassajara Zen Mountain Center · fondateur de Jikoji
Particularité
Se faisait appeler par son prénom, sans titre ni honorifique

Présentation

Kōbun Chino Otogawa (1938–2002) fut l'un des passeurs les plus discrets et les plus profonds du Zen Sōtō entre le Japon et l'Occident. Arrivé aux États-Unis en 1967 à l'invitation de Shunryū Suzuki, il resta toute sa vie un enseignant sans institution, sans ambition, sans mise en scène — attentif à la personne qui se tenait devant lui plus qu'à la construction d'une école.

Il demanda qu'on l'appelle simplement par son prénom, refusant les titres de sensei ou de rōshi. Cette sobriété dit l'essentiel de sa manière : une présence, pas une fonction.

Biographie

Kōbun Chino Otogawa (乙川弘文) naît le 1er février 1938 au Japon, fils d'un prêtre Sōtō. Il est ordonné à l'âge de douze ans — l'entrée dans la voie se fait pour lui avant même l'adolescence.

Il suit des études à l'Université Komazawa, puis obtient une maîtrise en bouddhisme du Grand Véhicule à l'Université de Kyōto. Il accomplit ensuite trois années de formation monastique à Eiheiji, le temple-mère fondé par Dōgen. Parmi ses maîtres figure Kōdō Sawaki, le moine errant — ce qui fait de lui, par sa formation, un proche parent spirituel de Deshimaru et de la lignée européenne.

En 1967, il part pour San Francisco à l'invitation de Shunryū Suzuki et devient son assistant au Tassajara Zen Mountain Center, où il demeure jusqu'en 1970. À la mort de Suzuki, en 1971, il prend la direction du Haiku Zen Center de Los Altos, qui deviendra Bodhi, et le reste jusqu'en 1978. Il participe aussi à la fondation du Santa Cruz Zen Center.

Il fonde ensuite Hōkōji, près de Taos, au Nouveau-Mexique, enseigne régulièrement à l'Université Naropa, et crée en 1983 le centre de retraite de Jikoji, dans les montagnes de Santa Cruz.

Il meurt le 26 juillet 2002 en Suisse, en tentant de sauver sa fille Maya, cinq ans, tombée d'un ponton ; elle se noie également. Sa mort porte la marque de sa vie : aucun geste de côté, aucune hésitation.

L'enseignement

Otogawa n'a pas laissé de système. Il répondait à ce qui se présentait, dans la langue de celui qui demandait, sans jamais se placer au-dessus. Son enseignement tenait dans la manière plus que dans la doctrine — une attention constante portée au détail, au corps, à la justesse d'un geste ordinaire.

Il attachait une importance particulière à la pratique dans la vie quotidienne, et à ce que le Zen ne se sépare jamais de l'existence concrète : le travail, les relations, la marche, le silence partagé. Ce qui comptait n'était pas de bien comprendre, mais d'être là.

« « Il n'y a pas de chemin à suivre. Ce que vous êtes, à cet instant, est déjà ce que vous cherchez. » »
— 乙川弘文

Héritage vivant

Ses héritiers du Dharma sont établis des deux côtés de l'Atlantique — notamment Angie Boissevain à San José, Martin Mosko à Boulder, Michael Newhall à Los Gatos, et en Europe Vanja Palmers, qui a longtemps enseigné en Suisse.

Son influence ne tient pas à une organisation mais à une qualité de présence, transmise de personne à personne. Beaucoup de pratiquants occidentaux d'aujourd'hui, sans le savoir, descendent par un lien ou par un autre de ce maître effacé.

CC BY-NC-SA 4.0