Hannya Shingyō
Présentation
Le Hannya Shingyō — « sūtra (経) du cœur (心) de la sagesse (般若, Prajna) » — est le plus court et le plus récité des textes du bouddhisme Mahayana. Condensé de la vaste littérature Prajnaparamita, il tient en 260 caractères chinois l'essentiel de l'enseignement sur la vacuité.
Son enseignement central est que les cinq agrégats — forme, sensation, perception, formations mentales, conscience — sont tous vacuité (śūnyatā). Cette vision libère des peurs fondamentales : la peur de la mort, la peur du manque, la peur de la souffrance. Ce n'est pas une vacuité nihiliste, mais la nature ouverte et sans obstacle de toute existence.
Chanté quotidiennement dans tous les monastères Zen, souvent en japonais ancien ou en sanscrit, le Hannya Shingyō est un acte de pratique autant qu'un enseignement — sa récitation est elle-même manifestation de la Prajna.
Le Bodhisattva Avalokitesvara, pratiquant la profonde Prajnaparamita,
vit clairement que les cinq agrégats sont tous vacuité,
et traversa toute souffrance.
Shariputra, la forme n'est pas différente de la vacuité ;
la vacuité n'est pas différente de la forme.
La forme est vacuité ; la vacuité est forme.
Il en est de même des sensations, perceptions, formations mentales et conscience.
Shariputra, tous les dharmas ont la marque de la vacuité :
ils ne naissent ni ne disparaissent,
ne sont ni purs ni impurs,
ni croissants ni décroissants.
C'est pourquoi dans la vacuité :
il n'y a ni forme, ni sensation, ni perception, ni formation mentale, ni conscience ;
ni œil, ni oreille, ni nez, ni langue, ni corps, ni mental ;
ni forme, ni son, ni odeur, ni goût, ni objet tangible, ni objet mental ;
ni domaine de l'œil jusqu'au domaine de la conscience ;
ni ignorance, ni extinction de l'ignorance,
et ainsi de suite jusqu'à
ni vieillesse-et-mort, ni extinction de la vieillesse-et-mort ;
ni souffrance, ni origine, ni cessation, ni voie ;
ni sagesse, ni obtention.
Du fait qu'il n'y a rien à obtenir,
le Bodhisattva, appuyé sur la Prajnaparamita,
n'a pas d'obstacle dans l'esprit.
Sans obstacle dans l'esprit, il n'y a pas de peur.
Loin de toute pensée renversée et illusoire,
il atteint finalement le Nirvana.
Les Bouddhas des trois temps,
appuyés sur la Prajnaparamita,
obtiennent l'Anuttara Samyak Sambodhi.
Sache donc que la Prajnaparamita
est le grand mantra lumineux,
le grand mantra suprême,
le mantra incomparable,
qui apaise toute souffrance — vrai, non faux.
C'est pourquoi on proclame le mantra de la Prajnaparamita :
Gate gate pāragate pārasaṃgate bodhi svāhā.
Traduit du chinois classique (version Xuanzang, 649). Texte central de la littérature Prajnaparamita, chanté quotidiennement dans les monastères Zen de toutes les écoles.
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