Hekiganroku
Xuedou Chongxian & Yuanwu Keqin · Song · Chine · XIe s.
Présentation
Le Hekiganroku (碧巖錄, « Recueil de la Falaise Bleue », en chinois Biyan Lu) est l'un des deux plus grands chefs-d'œuvre de la littérature des gongan (kōans) du Chan, avec le Wumenguan (La Porte sans porte). Il réunit cent cas compilés à l'origine par le maître Xuedou Chongxian (Setchō Jōken, 980–1052), puis développés, annotés et commentés par le grand maître Yuanwu Keqin (Engo Kokugon, 1063–1135).
C'est une œuvre d'une complexité et d'une beauté poétique rares, construite comme un mille-feuille littéraire pour chaque cas : l'introduction poétique d'Yuanwu, le cas principal, les interjections marginales, le commentaire en prose, le verset appréciatif de Xuedou, et le commentaire du verset.
Bien que issu de la lignée Linji (Rinzai), le Hekiganroku occupe une place capitale dans la tradition Sōtō. La légende raconte que Dōgen, avant de quitter la Chine, recopia en une seule nuit l'intégralité du texte — le fameux Ichiya Hekiganroku (« Hekiganroku d'une seule nuit ») conservé au temple Daijō-ji. Dōgen y fait de nombreuses références dans son Shōbōgenzō. Le verset 78 : « On ne peut pas appeler le blanc, on ne peut pas appeler le noir, sans appeler tout est faux » est cité textuellement dans le fascicule Genjōkōan.
Extraits des cas les plus célèbres :
【一】舉。梁武帝問達磨大師:「如何是聖諦第一義?」磨云:「廓然無聖。」帝曰:「對朕者誰?」磨云:「不識。」
Cas 1. L'empereur Wu des Liang demanda au Grand Maître Bodhidharma : « Quelle est la première signification de la vérité sacrée ? » Bodhidharma dit : « Vaste et vide, rien de sacré. » L'empereur dit : « Qui se tient devant moi ? » Bodhidharma dit : « Je ne sais pas. »
【二】舉。趙州示眾云:「至道無難,唯嫌揀擇。才有語言,是揀擇,是明白。老僧不在明白裏。」
Cas 2. Zhaozhou enseigna à l'assemblée : « La Voie suprême n'est pas difficile, il suffit de refuser tout choix. Dès qu'il y a des mots, il y a choix, il y a clarté. Le vieux moine n'est pas dans la clarté. »
【三】舉。馬大師不安。院主問:「和尚近日尊候如何?」大師云:「日面佛月面佛。」
Cas 3. Le Grand Maître Mazu tomba malade. L'intendant du monastère demanda : « Comment va votre santé ces jours-ci, Vénérable ? » Le Grand Maître dit : « Bouddha à face de soleil, bouddha à face de lune. »
【四】舉。德山到溈山,挾複子於法堂上,從東過西,從西過東,顧視云:「無無。」便出。
Cas 4. Deshan arriva chez Guishan. Portant son baluchon, il traversa la salle du Dharma d'est en ouest, puis d'ouest en est, regarda autour de lui et dit : « Rien, rien. » Puis il sortit.
【六】舉。雲門大師云:「十五日已前不問汝,十五日已後道將一句來!」自代云:「日日是好日。」
Cas 6. Le Grand Maître Yunmen dit : « Je ne vous interroge pas sur ce qui est avant le quinzième jour — donnez-moi une phrase sur ce qui est après le quinzième jour. » Puis il répondit lui-même : « Chaque jour est un bon jour. »
【十二】舉。洞山示眾云:「若論此事,如人家有一面鏡子,從朝至暮,與人照鑑。忽有人來,於鏡中現面,鏡中現面,來人形相,宛然具足。此人若去,鏡中無面。」
Cas 12. Dongshan enseigna à l'assemblée : « C'est comme si une famille avait un miroir. Du matin au soir, il reflète les gens. Si quelqu'un vient, son visage apparaît dans le miroir. Quand il s'en va, il n'y a plus de visage dans le miroir. »
【十三】舉。僧問巴陵:「如何是提婆宗?」巴陵云:「銀椀裏盛雪。」
Cas 13. Un moine demanda à Baling : « Qu'est-ce que l'école de Deva ? » Baling dit : « De la neige dans un bol d'argent. »
【十四】舉。雲門云:「唯一人,一切人,不是一切人,亦不是一人。如何是一人?」
Cas 14. Yunmen dit : « Une seule personne, toutes les personnes. Pas toutes les personnes, pas non plus une seule personne. Qu'est-ce qu'une seule personne ? »
【二十一】舉。雲門云:「我有二句,諸人作麼生會?」
Cas 21. Yunmen dit : « J'ai deux phrases. Comment les comprenez-vous ? »
【二十六】舉。僧問百丈:「如何是奇特事?」丈云:「獨坐大雄峰。」僧禮拜,丈便打。
Cas 26. Un moine demanda à Baizhang : « Quelle est la chose la plus extraordinaire ? » Baizhang dit : « Assis seul sur le pic du Grand Héros. » Le moine s'inclina. Baizhang le frappa.
【四十三】舉。洞山問僧:「世界恁麼熱,向甚麼處避暑?」僧云:「鑊湯爐炭裏。」山云:「鑊湯爐炭裏如何避?」僧云:「眾苦不能到。」
Cas 43. Dongshan demanda à un moine : « Le monde est si brûlant. Où aller pour éviter la chaleur ? » Le moine dit : « Dans la chaudière bouillante et les charbons ardents. » Dongshan dit : « Comment éviter la chaleur dans la chaudière et les charbons ? » Le moine dit : « Toutes les douleurs ne peuvent y atteindre. »
【四十五】舉。洞山問僧:「世間何物最苦?」僧云:「地獄最苦。」山云:「猶未在。」
Cas 45. Dongshan demanda à un moine : « Quelle est la chose la plus pénible au monde ? » Le moine dit : « L'enfer est le plus pénible. » Dongshan dit : « Tu n'y es pas encore. »
【五十五】舉。道吾與漸源至一家弔慰。源拍棺云:「生邪?死邪?」吾云:「生也不道,死也不道。」
Cas 55. Daowu et Jianyuan allèrent présenter leurs condoléances dans une famille. Jianyuan frappa le cercueil et dit : « Vivant ou mort ? » Daowu dit : « Je ne dis ni vivant, ni mort. »
【六十二】舉。雲門示眾云:「乾坤之內,宇宙之間,中有一寶,祕在形山。拈燈籠向佛殿裏,將三門來燈籠上。」
Cas 62. Le Grand Maître Yunmen enseigna à l'assemblée : « Dans le ciel et la terre, dans l'univers, il y a un trésor caché dans la montagne des formes. Prenez la lanterne et amenez-la dans la salle du Bouddha. Amenez la porte du temple sur la lanterne. »
【七十三】舉。馬祖示眾云:「即心是佛,即心即佛。非心非佛,非佛非心。」
Cas 73. Le Grand Maître Mazu enseigna à l'assemblée : « L'esprit même est Bouddha. L'esprit même, c'est Bouddha. Ni esprit, ni Bouddha. Ni Bouddha, ni esprit. »
【七十八】擧。雲門大師云:「直得觸目無滯,達得聲色,止是箇聲色。一切聲是佛聲,一切色是佛色。」
Cas 78. Le Grand Maître Yunmen dit : « Quand vous parvenez à ce que vos yeux ne rencontrent aucun obstacle, à ce que vous pénétriez les sons et les formes, ce ne sont que des sons et des formes. Tous les sons sont la voix du Bouddha, toutes les formes sont la forme du Bouddha. »
【八十六】舉。雲門云:「藥病相治,盡大地是藥,那個是自己?」
Cas 86. Yunmen dit : « Le remède et la maladie se guérissent mutuellement. La terre entière est un remède. Quel est le soi-même ? »
【八十七】舉。雲門示眾云:「盡大地是藥,那箇是自己?」
Cas 87. Yunmen enseigna à l'assemblée : « La terre entière est un remède. Quel est le soi-même ? »
【八十八】舉。玄沙示眾云:「諸方老宿盡道接物利生,忽遇三種病人來,作麼生接?」
Cas 88. Xuansha enseigna à l'assemblée : « Tous les vieux maîtres disent qu'ils aident les êtres. Mais si soudain trois sortes de malades viennent à vous, comment les recevrez-vous ? »
Source : CBETA T48n2003 (Biyan Lu) · Domaine public (Taishō Canon) · CC BY-NC-SA 4.0
Texte chinois : CBETA T48n2003 · 100 cas