Jijuyū Zanmai

calligraphy
Le samadhi que l'on reçoit et que l'on met en pratique par soi-même
○Texte informatif basé sur les enseignements de Dōgen Zenji et l'ouvrage de Menzan Zuihō.

Présentation

Le Jijuyū Zanmai (自受用三昧) — « le samadhi que l'on reçoit et que l'on met en pratique par soi-même » — est le concept central du zazen dans l'école Sōtō. Il ne s'agit pas d'un état à atteindre, mais de la pratique-réalisation (shushō ittō) elle-même : zazen est l'éveil en acte.

Ce terme trouve sa première expression majeure dans le Bendōwa (1231) de Dōgen Zenji, puis est développé et compilé par Menzan Zuihō (1683–1769) dans son ouvrage Jijuzanmai (1738), qui rassemble les paroles de Dōgen sur le zazen comme samadhi authentique.

📜 Le Bendōwa (1231) : l'origine

En 1231, quatre ans après son retour de Chine et son installation au temple Anyōin à Fukakusa (Yamashiro), Dōgen Zenji écrivit le Bendōwa (辨道話 — « Discours sur la pratique de la Voie ») en réponse aux questions de ses disciples. Depuis son retour au Japon, il avait espéré répandre le vrai Dharma et sauver tous les êtres. Le Bendōwa fut l'expression accomplie de ce désir — son premier pas pour établir son enseignement au Japon.

Dès l'ouverture du Bendōwa, Dōgen déclare clairement que le Dharma du Bouddha qu'il a reçu, correctement transmis, n'est rien d'autre que le Jijuyū Zanmai :

Tous les Bouddhas Tathāgatas qui ont transmis individuellement le merveilleux Dharma, réalisant l'éveil complet et insurpassable, possèdent un art extraordinaire, suprême et inconditionnel. Le Jijuyū Zanmai en est la marque ; seuls les bouddhas le transmettent aux bouddhas sans faillir. Être assis en zazen est la porte authentique pour pénétrer librement dans le domaine non confiné de ce samadhi. Bien que cet inconcevable Dharma soit abondant en chaque personne, il ne se manifeste pas sans pratique, et n'est pas atteint sans réalisation.

Ainsi, le Jijuyū Zanmai est présenté comme la transmission authentique des bouddhas et des patriarches, accessible par la pratique du zazen.

🧘 Qu'est-ce que le Jijuyū Zanmai ?

Le terme Jijuyū Zanmai se décompose en trois parties : ji (自 — soi-même), juyū (受用 — recevoir, mettre en pratique) et zanmai (三昧 — samadhi, absorption). Il désigne un samadhi que l'on reçoit de soi-même et que l'on pratique par soi-même — un état où le soi se reçoit lui-même dans sa totalité.

Il ne s'agit pas d'un état d'absorption abstrait, mais de l'acte même de s'asseoir en zazen. Le Jijuyū Zanmai et l'éveil ne sont pas distincts : le Jijuyū Zanmai est la pratique de l'éveil lui-même, non un moyen de l'atteindre.

Cette compréhension se fonde sur le principe de l'unité de la pratique et de l'éveil (shushō ittō) : pratiquer la Voie, c'est s'éveiller à la Voie ; s'éveiller à la Voie, c'est pratiquer la Voie. Il n'y a pas de pratique séparée de l'éveil, ni d'éveil séparé de la pratique.

🪷 Le lien avec le shikantaza

Le Jijuyū Zanmai est directement lié au shikantaza (只管打坐 — « simplement s'asseoir »), la forme de zazen privilégiée par Dōgen. Le Fukanzazengi (« Instructions universellement recommandées pour zazen ») donne les instructions détaillées pour cette pratique comme accès authentique au Jijuyū Zanmai :

Une pièce paisible est appropriée. Mangez et buvez modérément. Mettez de côté tout engagement et suspendez vos activités. Ne pensez pas « bien » ou « mal ». Ne jugez pas « vrai » ou « faux ». Abandonnez les opérations de l'esprit, de l'intellect et de la conscience ; arrêtez de concevoir par le biais de pensées, d'idées et d'opinions. Ne pensez pas à devenir un Bouddha.

En lâchant l'esprit qui essaie d'atteindre l'éveil par la compréhension intellectuelle, et en pratiquant zazen pour revenir au soi originel, notre esprit-corps s'efface naturellement et le « vrai visage » se manifeste. Le Jijuyū Zanmai n'est pas une fonction spéciale de l'esprit : il est possible pour un pratiquant de savoir qu'il est en Jijuyū Zanmai, car cet état, bien que différent de l'intellect et de la perception ordinaires, est la réalisation elle-même.

📖 L'ouvrage de Menzan Zuihō (1738)

Menzan Zuihō (1683–1769), grande autorité des études zen Sōtō modernes, compila en 1738 un ouvrage intitulé Jijuzanmai (Sur le samadhi que l'on reçoit et que l'on met en pratique par soi-même). Dans ce livre, il rassembla de nombreuses paroles sur le zazen tirées du Bendōwa, du Zazenshin (箴坐箴 — « L'aiguille de zazen »), d'autres fascicules du Shōbōgenzō, du Shōbōgenzō Zuimonki, et d'autres sources.

En utilisant ces citations, Menzan démontra clairement que le zazen dans la tradition Sōtō devrait être le zazen du Jijuyū Zanmai — dans lequel l'état lors du zazen est lui-même un état d'éveil, au lieu d'être un zazen de blocage des illusions et d'ouverture à l'illumination. Son travail fut essentiel pour restaurer la compréhension authentique du Jijuyū Zanmai après une longue période où cette pratique avait été progressivement oubliée dans l'école Sōtō.

⚔️ Contexte historique : le débat avec le kanna Zen

L'insistance de Dōgen sur le Jijuyū Zanmai — le zazen comme éveil lui-même — s'inscrit dans un contexte de débat avec l'école Rinzai de son temps. En Chine, le kanna Zen (看話禅 — « zen de la contemplation de la parole ») établi par Dahui Zonggao (大慧宗杲, 1089–1163) était très dominant. Cette approche cherchait à atteindre l'illumination en travaillant sur des kōan.

Dahui critiqua sévèrement le mokusho Zen (黙照禅 — « zen de l'illumination silencieuse ») de l'école Sōtō, qu'il accusa d'être « le zen pernicieux du Sōtō ». Le mokusho Zen enseigne que l'œuvre de la nature de bouddha se manifeste par elle-même quand on reste assis silencieusement. Dōgen était vivement conscient de cette critique quand il écrivit sur le Jijuyū Zanmai au début du Bendōwa. Sa réponse fut d'affirmer que le zazen n'est ni un moyen d'atteindre l'illumination ni une simple quiétude silencieuse, mais la pratique-réalisation même du Bouddha.

🔑 Le Tashintsū et l'enseignement de l'unité

Le fascicule Tashintsū (他心通 — « Le pouvoir de pénétrer l'esprit des autres ») du Shōbōgenzō est important pour comprendre pourquoi Dōgen insiste sur le Jijuyū Zanmai. Ce fascicule commente une histoire du Keitoku Dentōroku mettant en scène le maître national Nanyō Echū, disciple du sixième patriarche Enō.

Dans cette histoire, un maître de Tripiṭaka indien nommé Daiji, qui prétendait lire dans les esprits, ne put localiser Echū à la troisième tentative. Gyōzan Ejaku (807–883) avait suggéré que c'était parce qu'Echū était entré dans le Jijuyū Zanmai à ce moment-là. Dōgen critique sévèrement cette interprétation : faire une différence entre l'esprit ordinaire et le Jijuyū Zanmai est une double erreur. Si quelqu'un ne peut pas voir le Jijuyū Zanmai, il devient impossible pour lui de savoir s'il est en Jijuyū Zanmai — ce qui nie totalement la possibilité de la pratique-réalisation.

Pour Dōgen, l'esprit concerné par les circonstances extérieures et le Jijuyū Zanmai ne sont pas différents. Le samadhi n'est pas une fonction mentale spéciale réservée à quelques occasions — il est la réalité même de chaque instant de zazen.

🌿 Transmission et renaissance

Après Dōgen et Keizan, le zazen du Jijuyū Zanmai fut progressivement oublié dans certaines branches de l'école Sōtō, chaque subdivision développant son propre style de pratique utilisant les kōan. Cependant, du milieu du Moyen Âge à la période Edo, un renouveau d'intérêt émergea. Menzan Zuihō joua un rôle crucial dans ce renouveau en compilant et en clarifiant les enseignements de Dōgen sur le Jijuyū Zanmai.

Aujourd'hui, le Jijuyū Zanmai est reconnu comme le cœur de la pratique du zazen dans l'école Sōtō : non pas une technique pour atteindre l'éveil, mais l'éveil lui-même se manifestant dans la posture assise — le samadhi que l'on reçoit et que l'on met en pratique par soi-même.

D'après un texte du Rév. Kodo Takeuchi, Centre pour les études zen Sōtō. Traduit en anglais par le Rév. Issho Fujita.

CC BY-NC-SA 4.0 — Sauf indication contraire, les contenus de ce site sont distribués sous licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.

Guide Zen

DeepSeek V3.2
Jijuyū Zanmai (自受用三昧) — Dōgen et Menzan Zuihō
Posez une question sur le Jijuyū Zanmai,
le Bendōwa, ou le shikantaza.