Sūtra de Vimalakīrti
Présentation
Le Sūtra de Vimalakīrti (Vimalakīrtinirdeśa Sūtra) est l'un des textes les plus appréciés du Mahāyāna. Il met en scène Vimalakīrti, un laïc d'une sagesse prodigieuse, qui défie les plus grands disciples du Bouddha et les Bodhisattvas, révélant que l'éveil n'est pas réservé aux moines mais accessible à tous, dans la vie la plus ordinaire.
Le chapitre IX — « La Porte de la Non-Dualité » — est le sommet du sūtra. Les Bodhisattvas y exposent chacun leur conception de la non-dualité, puis se tournent vers Mañjuśrī, qui déclare que toute parole est encore une dualité. Enfin, ils demandent à Vimalakīrti son enseignement.
Sa réponse est restée légendaire dans toute la tradition Zen : le silence absolu. Ce silence, salué par Mañjuśrī lui-même comme l'expression véritable de la non-dualité, est l'un des moments fondateurs de l'esprit du Chan — bien avant que Dōgen n'enseigne que le zazen silencieux est l'expression directe de l'éveil.
Chapitre IX — La Porte de la Non-Dualité (extrait)
於是文殊師利問維摩詰言。居士。我等各自說已。仁者當說。何等是菩薩入不二法門。
Alors Mañjuśrī demanda à Vimalakīrti : « Vénérable, nous avons tous parlé chacun à notre tour. À vous maintenant : quelle est l'entrée du Bodhisattva dans la porte de la non-dualité ? »
時維摩詰默然無言。
Alors Vimalakīrti garda le silence, sans un mot.
文殊師利歎曰。善哉善哉。乃至無有文字語言。是真入不二法門。
Mañjuśrī s'exclama : « Bien, bien ! Jusqu'à n'avoir plus ni mots ni langage — c'est cela, entrer véritablement dans la porte de la non-dualité. »
說是入不二法門品時。於此眾中。五千菩薩。皆入不二法門。得無生法忍。
Lorsque ce chapitre de la non-dualité fut ainsi exposé, dans cette assemblée, cinq mille Bodhisattvas entrèrent dans la porte de la non-dualité et obtinrent la patience de la non-naissance des phénomènes.
Le silence de Vimalakīrti — Ce passage est l'un des plus cités du bouddhisme Zen. Il illustre la limite du langage : la non-dualité ne peut être dite, seulement vécue. C'est dans cet esprit que le Zen transmet « hors des écritures » et que le zazen, assis en silence, est tenu pour l'expression la plus directe de la vérité.