Zazen Yōjinki

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Notes sur les Points Essentiels du Zazen

Présentation

Le Zazen Yōjinki — « notes (記) sur les points essentiels (用心) du zazen (坐禅) » — est un texte de Keizan Jōkin (瑩山紹瑾, 1268–1325), le « Grand Maître Taiso » considéré comme le second fondateur de l'école Sōtō japonaise après Dōgen.

Ce texte enseigne la pratique concrète du zazen, avec une attention particulière à la posture, à l'attitude mentale, à la non-dualité entre corps et esprit. Keizan y transmet la vision de Dōgen — shikantaza (simplement s'asseoir) — tout en l'enrichissant de sa propre expérience et pédagogie.

Moins connu en Occident que le Fukanzazengi de Dōgen, il en est le complément naturel : là où Dōgen donne les instructions formelles, Keizan explore l'esprit qui les sous-tend.

I. La valeur du zazen

Le zazen est le dharma-porte de la paix et de la joie. Il est la pratique de l'éveil de tous les bouddhas et patriarches. Celui qui pratique le zazen accomplit la Voie des bouddhas et des patriarches. Ainsi les bouddhas et patriarches de toutes les directions ne font rien d'autre que de s'asseoir en zazen et transmettre cela d'un à l'autre.

Il ne faut pas chercher l'éveil loin de soi. La nature de bouddha est proche — pourquoi la chercher au loin ? Le corps et l'esprit sont originellement en unité — pourquoi les vouloir séparer ? Si tu ne t'éloignes pas de ta propre place, pourquoi irais-tu chercher ailleurs ?

II. La posture

Choisis un endroit calme. Étends une natte épaisse. Assieds-toi en posture du lotus complet ou du demi-lotus. Pose la main gauche sur la main droite, les pouces joints et légèrement relevés, les mains devant le bas-ventre. Redresse le corps et assieds-toi droit. Ne t'incline ni à gauche ni à droite, ni en avant ni en arrière. Les oreilles doivent être à l'aplomb des épaules, le nez à l'aplomb du nombril.

La langue est appliquée au palais. Les lèvres et les dents sont fermées. Les yeux sont mi-clos, regardant légèrement vers le bas. Régularise le souffle. Une fois la posture établie, inspire et expire profondément une fois, puis laisse le corps et l'esprit prendre leur place naturelle.

III. L'esprit dans le zazen

Ne pense pas aux bien et aux mal. Ne te soucie pas du vrai et du faux. Abandonne les opérations de l'intellect, des concepts et des perceptions. Ne cherche pas à devenir un bouddha. Peut-on parler de zazen quand on s'assied et qu'on pense à devenir un bouddha ?

Dans le zazen, il n'y a ni bouddhéité ni état ordinaire. Ne te laisse pas envahir par des pensées futiles. Si une pensée surgit, sois-en simplement conscient. Être conscient d'une pensée, c'est la laisser aller. Ne la poursuis pas. Si tu ne poursuis pas les pensées, elles s'apaisent d'elles-mêmes.

L'essentiel n'est pas dans les paroles. Si tu suis les paroles, tu manques l'essentiel. Si tu abandonnes les paroles, tu le trouveras tout de suite.

IV. Corps et esprit

Il ne faut pas considérer le corps comme soi-même, ni l'esprit comme soi-même. Ni les mouvements du corps, ni les pensées de l'esprit ne sont soi. Mais il ne faut pas non plus chercher un soi séparé du corps et de l'esprit.

Le corps et l'esprit sont comme le reflet de la lune dans l'eau — ils apparaissent clairement sans qu'on puisse les saisir. Assis en zazen, le corps est immobile ; l'esprit n'est ni actif ni inactif. Corps et esprit tombent d'eux-mêmes.

V. La pratique continue

Pratique le zazen avec continuité, sans relâche. Même si tu n'atteins pas l'éveil soudain, le zazen purifie les karma accumulés et ouvre la porte de la sagesse originelle. Les bouddhas et patriarches ont tous traversé des difficultés semblables aux tiennes. Ne sois pas découragé.

Tout le secret est dans la continuité de la pratique — non pas de manière forcée, mais comme une rivière qui coule naturellement vers la mer. Si tu pratiques ainsi, corps et esprit tombent d'eux-mêmes, et la nature de bouddha se révèle d'elle-même.

VI. Avertissement final

Ceux qui pratiquent le zazen doivent éviter trois erreurs : s'endormir, se disperser dans des pensées agitées, et s'attacher à un état de vide tranquille. Ces trois erreurs empêchent l'éveil.

La véritable voie du zazen n'est ni l'éveil ni l'illusion, ni la pratique ni l'abandon de la pratique. Elle est simplement s'asseoir — shikantaza. Simplement s'asseoir, c'est la voie des bouddhas et des patriarches. Simplement s'asseoir, c'est transmettre l'esprit des bouddhas et des patriarches.

Ceci est ce que j'ai reçu de mon maître. Je le transmets fidèlement.

Traduit du japonais classique. Keizan Jōkin (瑩山紹瑾, 1268–1325), « Grand Maître Taiso », second fondateur de l'école Sōtō japonaise.

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