Ungo Dōyō

Présentation
Ungo Dōyō (Yunju Daoying, ?–902) est le 40e patriarche du Sōtō Zen et l'un des plus grands disciples de Tōzan Ryōkai. Il fonda le monastère Zhenru au mont Yunju (Jiangxi), où il enseigna pendant plus de trente ans à près de quinze cents moines. Sa communauté fut l'une des plus florissantes de son époque, et il reçut à sa mort le titre posthume de « Maître du Vaste Éveil ». Il est traditionnellement considéré comme le maître de Dōan Dōhi, assurant la transmission de la lignée après la disparition de Tōzan.
Biographie
Ungo Dōyō (Yunju Daoying en chinois) est l'un des plus grands disciples de Tōzan Ryōkai, le fondateur de l'école Caodong. Sa date de naissance est inconnue, mais il s'éteint en 902, à la fin de la dynastie Tang. Originaire de l'antique préfecture de Youzhou (actuelle province du Hubei), il entre en religion à l'âge de 25 ans au temple Yanshou, à Fanyang (dans l'actuel district de Zhuo, Hebei), où il reçoit une formation approfondie dans le Vinaya (règle monastique).
Il se rend ensuite au mont Nan où il étudie sous la direction du maître Chan Suii Mugaku (Cuiwei Wuxue). Ayant entendu parler de la réputation de Tōzan, il se rend au mont Dong pour étudier avec lui. Tōzan reconnaît rapidement la maturité de Dōyō et lui confie la direction des autres moines du monastère.
Après avoir quitté Tōzan, Dōyō réside d'abord à l'« Ermitage des Trois Pics », puis fonde le monastère Zhenru (眞如寺, « Ainsiété ») au mont Yunju, au nord-ouest de l'actuelle Nanchang, dans la province du Jiangxi. Il y enseigne pendant plus de trente ans, attirant jusqu'à quinze cents disciples. Le mont Yunju lui donnera son nom de Dharma : Ungo Dōyō signifie littéralement « Demeureur du mont Nuage ».
À sa mort, il reçoit le titre posthume de « Maître Zen du Vaste Éveil » (Hongjiao Chanshi).
Rencontre avec Tōzan et l'Éveil
Les annales rapportent plusieurs dialogues profonds entre Ungo Dōyō et son maître Tōzan, qui révèlent la relation unique qui les unissait :
Tōzan demanda à Ungo : « D'où viens-tu ? »
Ungo dit : « De Cuiwei. »
Tōzan dit : « Quel enseignement Cuiwei transmet-il à ses disciples ? »
Ungo dit : « Un jour, Cuiwei faisait des offrandes aux images sacrées. Je lui ai demandé : « Si vous faites des offrandes aux arhats, viendront-ils ou non ? »
« Cuiwei dit : « Ne peux-tu pas manger chaque jour ? » »
Tōzan dit : « A-t-il vraiment dit cela, ou non ? »
Ungo dit : « Oui. »
Tōzan dit : « Ne rejette pas cela quand un grand homme apparaît ! »
Puis Tōzan demanda son nom à Ungo :
Tōzan dit : « Quel est ton nom ? »
Ungo dit : « Daoying. »
Tōzan dit : « Lève les yeux et dis-le. »
Ungo dit : « Si je lève les yeux, il n'y a rien qui s'appelle "Daoying". »
Tōzan dit : « Tu parles exactement comme moi quand j'ai parlé avec Daowu. »
L'échange le plus célèbre concerne la traversée d'une rivière :
Ungo traversait une rivière avec Tōzan.
Tōzan dit : « Quelle est la profondeur ? »
Ungo dit : « Ce n'est pas mouillé. »
Tōzan dit : « Rustre ! »
Ungo dit : « Que dirais-tu, Maître ? »
Tōzan dit : « Pas sec. »
Un autre épisode marquant est celui de l'esprit céleste apportant de la nourriture à Ungo. Alors qu'il méditait dans un ermitage isolé, un esprit céleste lui apportait chaque jour de la nourriture. Tōzan, apprenant cela, lui dit : « Je pensais que tu étais un être authentique. Pourquoi as-tu encore une telle compréhension ? Viens me voir ce soir ! » Ce soir-là, Tōzan appela Ungo par son nom ; quand Ungo répondit, Tōzan demanda : « Ne pensant ni au bien ni au mal, qu'est-ce que c'est ? » Ungo retourna à son ermitage et s'assit en méditation profonde. L'esprit, ne pouvant plus le trouver, ne revint jamais.
Tōzan, profondément satisfait, déclara : « À l'avenir, mille ou dix mille personnes ne pourront saisir ce disciple. »
Enseignements principaux
L'Unité du Dharma
Interrogé sur le Dharma unique, Ungo répondit : « Quels sont les dix mille dharmas ? » Devant l'incompréhension du moine, il expliqua : « Le Dharma unique est ton propre esprit. Les dix mille dharmas sont ta nature fondamentale. Sont-ils une chose ou deux ? » Il présenta alors ce poème :
Le Dharma unique est l'essence de tous les dharmas,
Les myriades de dharmas pénètrent le Dharma unique.
« Esprit seul » et « nature seule »,
Ne dis pas qu'ils sont différents ou identiques.
L'Exigence dans la pratique
Dans ses instructions à l'assemblée, Ungo citait un ancien maître : « L'enfer n'est pas une grande misère. La plus grande misère est de porter ces robes sans comprendre la grande affaire. » Il exhortait ses moines : « Si vous assumez la responsabilité de cette affaire, vous devez vous tenir au sommet du plus haut pic et marcher au fond du plus profond océan. Alors seulement vous aurez la résolution d'un disciple. »
La Voie transcendante
À un moine qui demandait : « Quel est le lieu de la voie transcendante ? », Ungo répondit simplement : « Sous le Ciel, une grande paix. »
Héritage et postérité
Ungo Dōyō occupe une position cruciale dans la lignée Sōtō en tant que 40e patriarche. Il est le principal disciple de Tōzan Ryōkai à avoir perpétué la lignée Caodong. Son monastère au mont Yunju est resté un centre majeur du Chan pendant des siècles.
La question de sa succession est cependant complexe. Dans la version traditionnelle — celle du Sengbao zhuan de Huihong (1119) et récitée dans les cérémonies Sōtō — c'est Dōan Dōhi qui est considéré comme son héritier. Mais des sources plus anciennes, notamment le Zutang ji (952) et le Transmission de la Lampe (1004), suggèrent que la lignée aurait pu passer par un autre disciple de Tōzan, Jufeng Puman, via Tongan Wei. Le savant Morten Schlütter soutient que cette version alternative est plus plausible historiquement.
Quelle que soit la vérité historique, la lignée telle qu'elle est récitée dans les temples Sōtō aujourd'hui place Ungo Dōyō comme 40e patriarche, suivi de Dōan Dōhi (41e), puis Dōan Kanshi (42e).
Sources
- Andy Ferguson, Zen's Chinese Heritage: The Masters and Their Teachings, Wisdom Publications, 2011 — pp. 232–235
- Wikipedia — Yunju Daoying
- Terebess Online — Fiche Yunju Daoying
- Morten Schlütter, How Zen Became Zen: The Dispute Over Enlightenment and the Formation of Chan Buddhism in Song-Dynasty China, University of Hawaii Press, 2010
- Zutang ji (Patriarch's Hall Record, 952) et Transmission de la Lampe (Jingde Chuandeng Lu, 1004)
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