Seigen Gyōshi

Présentation
Seigen Gyōshi (Qingyuan Xingsi, 660–740) est le 35e patriarche de la lignée Sōtō et l'un des principaux disciples du sixième patriarche Daikan Enō (Huineng). Bien que sa figure historique fasse débat — certains chercheurs suggèrent qu'elle pourrait avoir été inventée pour légitimer la lignée de Sekitō Kisen — son importance symbolique est immense : il est considéré comme la source des trois grandes écoles du Chan méridional (Caodong/Sōtō, Yunmen et Fayan). Son enseignement, illustré par sa célèbre réponse « Quel est le prix du riz à Luling ? », invitait à trouver l'éveil dans la réalité concrète du quotidien plutôt que dans des abstractions. De sa lignée est née la branche Caodong qui, via Dōgen, deviendra au Japon la plus grande école bouddhiste du pays.
Biographie
Seigen Gyōshi (Qingyuan Xingsi) naît vers 660 dans la province du Jiangxi, au sud de la Chine, sous la dynastie des Tang. Les informations historiques sur sa vie sont extrêmement fragmentaires — il est, de tous les patriarches majeurs du Chan, l'un des plus mal documentés.
La tradition le présente comme l'un des principaux disciples du sixième patriarche Daikan Enō (Huineng, 638–713), au point que le Jingde Chuandeng Lu (Transmission de la Lampe, 1004) le décrit comme le « disciple prééminent » de Huineng. Après la mort de son maître en 713, Seigen se retire au mont Seigen (青原, « la Source Verte »), près de l'actuelle Ji'an (Jiangxi), où il fonde le monastère du calme séjour (Jingju Si) et enseigne jusqu'à sa mort en 740.
Un moine demanda : « Quel est l'enseignement essentiel du Bouddha ? »
Seigen répondit : « Quel est le prix du riz à Luling ? »
Cette réponse — apparemment sans rapport avec la question — est caractéristique du style de Seigen et du Chan de son époque : l'éveil ne se trouve pas dans un enseignement abstrait, mais dans la réalité concrète et immédiate de la vie quotidienne.
La question historique
La figure de Seigen Gyōshi soulève des débats parmi les historiens du Chan. Sa première apparition documentée ne date que du Zutang Ji (Anthologie de la Salle des Patriarches, 952), compilé par le moine Wendeng plus de deux siècles après sa mort supposée. Or, dans la version la plus ancienne du Sūtra de l'Estrade (Sūtra de la Plate-forme de Huineng), découverte parmi les manuscrits de Dunhuang et datant d'environ 850, Seigen n'est pas mentionné comme disciple de Huineng.
Le chercheur Albert Welter suggère que Wendeng pourrait avoir inventé la figure de Seigen afin de légitimer la lignée de Sekitō Kisen (Shitou Xiqian) — et, par ricochet, la sienne propre, puisqu'il se réclamait de cette lignée. En effet, Huineng, le maître de Shitou, mourut alors que ce dernier n'avait que treize ans : sans un disciple intermédiaire entre Huineng et lui, la transmission aurait été difficile à justifier canoniquement.
Quelle que soit l'exactitude historique de Seigen — et les sources Song ultérieures en font incontestablement un maillon central — son importance symbolique est immense : il incarne la transmission légitime du dharma de Huineng à toute la branche méridionale du Chan, celle qui donnera naissance aux trois grandes écoles du Sud : Caodong, Yunmen et Fayan.
Lignée et influence
Le principal (et peut-être unique) héritier de Seigen est Sekitō Kisen (Shitou Xiqian, 700–790), l'un des deux grands maîtres du Chan des Tang avec Baso Dōitsu (Mazu Daoyi). De Sekitō descendent :
- La branche Caodong (曹洞宗, Sōtōshū au Japon) — via Yakusan Igen → Ungan Donjō → Tōzan Ryōkai
- La branche Yunmen (雲門宗, Unmon-shū) — fondée par Ummon Bun'en (Yunmen Wenyan)
- La branche Fayan (法眼宗, Hōgen-shū) — fondée par Hōgen Bun'eki (Fayan Wenyi)
Ces trois écoles représentent trois des cinq maisons classiques du Chan chinois (五家, go-ke), et Seigen en est la source commune. Par l'intermédiaire de la lignée Caodong, son influence s'étend jusqu'au Japon, où l'école Sōtō fondée par Dōgen — et plus tard revitalisée par Keizan Jōkin — est aujourd'hui la plus grande école bouddhiste du pays.
Héritage et postérité
Dans le Denkōroku de Keizan Jōkin, Seigen est le 35e patriarche, entre Daikan Enō (34e) et Sekitō Kisen (36e). Sa position est celle d'un « pont » entre le 6e patriarche et l'ensemble du Chan méridional postérieur.
Bien que peu de textes lui soient directement attribués et que sa biographie reste lacunaire, Seigen est vénéré comme l'une des figures fondatrices du Chan : sans lui — ou du moins, sans la légitimité que son nom confère à la lignée — la transmission de l'éveil de Huineng aux écoles classiques du Chan n'aurait peut-être pas survécu à l'épreuve du temps.
Le monastère du mont Seigen perdura comme un centre actif du Chan pendant plusieurs siècles, et le nom même de Seigen — 青原, « Source Verte » — évoque la source vive du dharma qui, de lui, irrigua cinq grandes maisons du Chan chinois.
Sources
- Albert Welter, Monks, Rulers, and Literati: The Political Ascendancy of Chan Buddhism, Oxford University Press, 2006 — pp. 63, 73–75
- Andy Ferguson, Zen's Chinese Heritage: The Masters and Their Teachings, Wisdom Publications, 2011 — pp. 40–42
- Keizan Jōkin, Denkōroku — Cas 35 (Seigen)
- Jingde Chuandeng Lu (景德傳燈錄) — Taishō Tripiṭaka T2076
- Zutang Ji (祖堂集, Anthologie de la Salle des Patriarches), 952 — Wendeng
- Wikipedia — Qingyuan Xingsi
- Terebess Online — Fiche Qingyuan Xingsi
CC BY-NC-SA 4.0 — Sauf indication contraire, les contenus de ce site sont distribués sous licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.