Taiso Eka

Présentation
Taiso Eka (Huike, 487–593) est le deuxième patriarche chinois du Chan et le premier à avoir reçu la transmission sur le sol chinois, succédant au légendaire Bodhidharma. Son histoire est l'une des plus célèbres du Zen : resté dans la neige jusqu'à la taille, il supplia Bodhidharma d'« apaiser son esprit », et la réponse du maître — « Amène-moi cet esprit, et je l'apaiserai » — provoqua son éveil. Pour sceller sa détermination, il se serait tranché le bras, geste devenu emblématique de la tradition. Persécuté et finalement exécuté, Huike incarne la transmission du dharma qui, devenue chinoise, a véritablement pris racine et donné naissance à tout le Chan.
Biographie
Taiso Eka (Huike, Dazu Huike), né en 487 à Hu-lao (l'actuelle Xingyang, Henan) sous le nom de Shenguang (« Lumière divine »), est le deuxième patriarche chinois du Chan et donc le premier à avoir reçu la transmission sur le sol chinois. Son histoire est l'une des plus célèbres et des plus émouvantes de tout le Zen.
Lettré érudit, versé aussi bien dans les sūtras bouddhistes que dans les classiques chinois (dont le taoïsme), Huike était considéré comme un homme éveillé mais critiqué pour n'avoir pas de maître. En 528, à l'âge d'environ quarante ans, il se rend au monastère de Shaolin où séjourne Bodhidharma, le premier patriarche venu d'Inde.
La rencontre décisive
La tradition rapporte que Bodhidharma refusa d'abord de l'instruire. Huike resta dehors dans la neige toute la nuit ; le matin, la neige lui arrivait à la taille. Bodhidharma lui demanda ce qu'il voulait. « Je n'ai pas de paix dans l'esprit, maître. Je vous en prie, apaisez mon esprit. »
Bodhidharma répondit : « Amène-moi cet esprit agité, et je l'apaiserai. »
Huike chercha son esprit, mais ne put le saisir. « Je ne peux pas le trouver », dit-il.
« Alors, dit Bodhidharma, je l'ai déjà apaisé. »
À ces mots, Huike connut l'éveil. Pour prouver sa détermination, il se serait coupé le bras gauche, geste qui est devenu l'emblème de son histoire.
Enseignement et vie ultérieure
Huike étudia auprès de Bodhidharma pendant six ans et reçut la transmission du dharma ainsi que la robe et le bol — symboles de l'autorité patriarcale. Il se rendit ensuite à Yedu (Hebei) où il enseigna pendant des décennies, attirant de nombreux disciples mais aussi l'hostilité des autres écoles bouddhistes. Un maître rival, Tao-heng, paya un assassin pour le tuer ; Huike convertit son agresseur.
Lors de la persécution du bouddhisme ordonnée par l'empereur Wu des Zhou du Nord en 574, Huike se réfugia dans les montagnes près du Yangzi, où il rencontra le jeune Sengcan, à qui il transmit le dharma. Il retourna à Yedu en 579 pour continuer d'enseigner. Selon la tradition, il fut exécuté (décapité) sur ordre des autorités, mais son sang ne coula pas : un liquide blanc comme du lait s'écoula de son cou — signe de sa pureté.
Il mourut en 593, à l'âge de 107 ans selon certaines sources, et reçut le titre posthume de Dazu (« Grand Ancêtre ») de l'empereur Tang Dezong.
Héritage
Huike est fondamental dans l'histoire du Chan car c'est par lui que la transmission, devenue chinoise, a véritablement pris racine. L'échange avec Bodhidharma — « apaise mon esprit » — est l'un des plus célèbres kōans de la tradition et résume à lui seul la rencontre du génie chinois avec la sagesse indienne.
Dans le Denkōroku, l'histoire de Huike occupe le cas 29 (ou 30 selon la numérotation), juste après Bodhidharma. Il est suivi par Kanchi Sōsan (Sengcan), le troisième patriarche chinois.
Sources
- Keizan Jōkin, Denkōroku
- Xù Gāosēng Zhuàn (續高僧傳) — Biographies supplémentaires de moines éminents, Daoxuan, 645
- Heinrich Dumoulin, Zen Buddhism: A History, vol. I, Macmillan, 1988
- Andy Ferguson, Zen's Chinese Heritage, Wisdom Publications, 2011 — pp. 23–28
- Wikipedia — Dazu Huike
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