Bodhidharma

菩提達磨
Bodhidharma · Puti Damo · Daruma · Ve–VIe siècle
École
Chan (premier patriarche chinois)
Patriarche
1er patriarche chinois · 28e patriarche indien (selon la tradition)
Maître
Prajñātāra (般若多羅)
Disciples
Huike (慧可) — 2e patriarche
Fonction
Fondateur du Chan (Zen) · Patriarche fondateur de l'école Sōtō
Œuvre principale
Nidō Shishoshin (二入四行論) — Les Deux Entrées et les Quatre Pratiques
Bodhidharma
Public domain · Yoshitoshi — Wikimedia Commons

Présentation

Bodhidharma (sanskrit : बोधिधर्म, chinois : 菩提達磨, Puti Damo, japonais : Daruma) est une figure semi-légendaire, le premier patriarche chinois du Chan (Zen) et le 28e patriarche dans la lignée ininterrompue qui remonte jusqu'au Bouddha Śākyamuni. Arrivé en Chine aux Ve–VIe siècles, il est traditionnellement considéré comme le fondateur du bouddhisme Chan, apportant avec lui l'enseignement de la transmission directe « en dehors des écritures ».

Bodhidharma est une figure à la fois historique et légendaire. La tradition lui attribue neuf années de méditation face à un mur au monastère de Shaolin, la transmission du Laṅkāvatāra Sūtra comme texte fondateur, et la composition du Nidō Shishoshin (二入四行論), le seul texte qui lui est directement attribué. Il est également vénéré dans la culture populaire comme le père du kung-fu de Shaolin, bien que cette association soit tardive.

Biographie

Les sources historiques sur Bodhidharma sont rares et souvent contradictoires. La plus ancienne mention se trouve dans le Luoyang Qielan Ji (洛陽伽藍記, 547), qui le décrit comme un « homme de Perse d'Asie centrale » (西域波斯人), aux traits barbus, venu propager le Dharma. Le Xudeng Gaoseng Zhuan (續高僧傳, 645) de Daoxuan le décrit comme un brahmane du Sud de l'Inde, troisième fils d'un grand roi.

Selon la tradition la plus répandue, Bodhidharma était le troisième fils d'un roi de la région de Kāñcī (dans l'actuel Tamil Nadu, Inde du Sud). Il renonça à la vie royale pour devenir moine et étudia sous la direction de Prajñātāra (般若多羅), qui lui transmit le sceau du Dharma. Sur les instructions de son maître, il se rendit en Chine — un voyage qui, selon les sources, prit trois ans.

Son arrivée en Chine est diversement datée : certaines sources la situent sous la dynastie Liu Song (420–479), d'autres sous la dynastie Liang (502–557). La légende la plus célèbre raconte sa rencontre avec l'empereur Wu des Liang :

L'empereur Wu demanda : « Depuis mon avènement, j'ai construit des temples, fait copier des sūtras, et ordonné des moines sans nombre. Quel est mon mérite ? »

Bodhidharma répondit : « Aucun mérite. »

L'empereur demanda : « Quel est le premier principe de la vérité sacrée ? »

Bodhidharma répondit : « Vide immense, rien de sacré. »

L'empereur demanda : « Qui est celui qui se tient devant moi ? »

Bodhidharma répondit : « Je ne sais pas. »

— Dialogue entre l'empereur Wu et Bodhidharma, Denkōroku, cas 1

Après cette rencontre infructueuse, Bodhidharma traversa le Yangtsé — selon la légende, sur un seul roseau — et se rendit au royaume des Wei du Nord, où il s'installa au monastère de Shaolin. C'est là qu'il aurait passé neuf ans à méditer face à un mur, gagnant le surnom de « brahmane contemplant le mur » (壁觀婆羅門).

La transmission du Dharma à son successeur, Huike (慧可, 487–593), est l'un des récits les plus célèbres du Zen : Huike, qui avait cherché l'enseignement de Bodhidharma pendant des années, se trancha le bras pour montrer sa détermination, puis demanda : « Mon esprit n'a pas encore trouvé la paix. Je vous supplie, maître, apaisez mon esprit. » Bodhidharma répondit : « Apporte-moi cet esprit, et je l'apaiserai. » Huike dit : « Je cherche mon esprit, mais je ne peux le saisir. » Bodhidharma conclut : « Voilà, je t'ai apaisé l'esprit. »

L'enseignement

L'enseignement de Bodhidharma, tel qu'il nous est transmis par le Nidō Shishoshin et par les chroniques anciennes, repose sur plusieurs piliers :

La contemplation du mur (壁觀, biguan)

La pratique centrale que Bodhidharma transmit à Shaolin est la « contemplation du mur » — non pas un exercice visuel, mais une métaphore de l'esprit ferme et immobile, qui ne s'attache ni aux objets extérieurs ni aux pensées intérieures. C'est la première expression de ce qui deviendra le zazen.

La transmission de la lampe

À Bodhidharma est attribué le célèbre quatrain qui résume l'esprit du Chan :

Une transmission spéciale en dehors des écritures,
Sans s'appuyer sur les mots et les lettres,
Pointer directement à l'esprit de l'homme,
Voir sa nature et devenir bouddha.

Le Laṅkāvatāra Sūtra

Bodhidharma transmit le Laṅkāvatāra Sūtra (楞伽經) comme texte fondateur de sa lignée, affirmant qu'il contenait l'enseignement essentiel de la nature de bouddha et de la seule conscience. Ce sūtra resta le texte de référence du Chan jusqu'à la dynastie Tang.

Légendes et postérité

Bodhidharma est entouré de nombreuses légendes qui ont contribué à sa stature iconique :

  • Le voyage sur un roseau : après sa rencontre avec l'empereur Wu, il traversa le Yangtsé en se tenant sur un seul roseau
  • Neuf ans de méditation : il passa neuf ans face à un mur à Shaolin, et ses jambes auraient atrophié — d'où la forme des poupées daruma
  • Le thé : il se serait arraché les paupières pour ne pas s'endormir en méditation ; les arbustes de thé auraient poussé là où ses paupières tombèrent
  • Le kung-fu de Shaolin : le Yijin Jing (易筋經, XVIIe siècle) lui attribue la transmission des exercices martiaux aux moines de Shaolin

Au Japon, Bodhidharma est connu sous le nom de Daruma (達磨) et est devenu une figure de la culture populaire à travers les poupées daruma (達磨), des talismans porte-bonheur sans bras ni jambes qui rappellent sa méditation inébranlable. Dans la tradition Sōtō, il est le premier patriarche de la lignée, et sa transmission à Huike ouvre le Denkōroku de Keizan Jōkin.

Héritage dans la tradition Sōtō

Bodhidharma est le patriarche fondateur du Chan et, par conséquent, de l'école Sōtō. Dans la lignée Sōtō, il est le 28e patriarche depuis Śākyamuni et le 1er patriarche chinois. Sa place est centrale dans le Denkōroku de Keizan Jōkin, où le second cas (après celui de Śākyamuni) est consacré à la transmission de Bodhidharma à Huike.

Le Nidō Shishoshin reste un texte fondamental pour la pratique. La « contemplation du mur » de Bodhidharma est comprise dans la tradition Sōtō comme la préfiguration du zazen — non pas une technique particulière, mais l'attitude fondamentale de l'esprit qui, sans s'agripper, se tient ferme dans la présence silencieuse.

Dans la culture populaire japonaise, Bodhidharma (Daruma) est universellement reconnaissable : les poupées daruma, traditionnellement vendues sans yeux, sont utilisées comme porte-bonheur — on peint un œil en formulant un vœu et l'autre œil lorsqu'il est réalisé. Cette figure, devenue un symbole de persévérance et de chance, perpétue dans la vie quotidienne la mémoire du fondateur du Zen.

Sources

  • Daoxuan, Xudeng Gaoseng Zhuan (續高僧傳, 645)
  • Luoyang Qielan Ji (洛陽伽藍記, 547)
  • Keizan Jōkin, Denkōroku (伝光録, 1309) — Cas 2 : Bodhidharma
  • Andy Ferguson, Zen's Chinese Heritage, Wisdom Publications, 2011
  • Heinrich Dumoulin, Zen Buddhism: A History — India and China, World Wisdom, 2005
  • John R. McRae, Seeing Through Zen: Encounter, Transformation, and Genealogy in Chinese Chan Buddhism, University of California Press, 2003
  • Terebess Online — Fiche Bodhidharma
  • Wikipedia — Bodhidharma

CC BY-NC-SA 4.0 — Sauf indication contraire, les contenus de ce site sont distribués sous licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.