Prologue
Présentation
Le Denkōroku (« Chronique de la transmission de la lumière ») de Keizan Jōkin (瑩山紹瑾, 1268–1325) rassemble cinquante-trois cas de transmission du Dharma, de Śākyamuni jusqu'à Eihei Dōgen. Le Prologue expose les fondements de l'œuvre : la nature de la transmission directe (ishin denshin), l'image de la lumière passant de flamme en flamme à travers les générations, et la dédicace aux pratiquants sincères de la Voie.
Keizan y insiste sur un point essentiel : cette transmission n'est pas affaire de doctrine ou de mots — c'est l'esprit qui transmet l'esprit, hors de tout vecteur conceptuel. Le lecteur est invité à chercher non les mots, mais la lumière qui les traverse.
Depuis les temps sans commencement, la lumière de l'éveil brille sans interruption. Elle ne s'est jamais éteinte, elle ne s'est jamais accrue. Transmise de patriarche en patriarche, reçue de maître à disciple, elle illumine toutes choses sans que rien ne lui soit extérieur.
L'Éveillé Śākyamuni, au soir de sa nuit d'éveil sous l'arbre de la Bodhi, aperçut l'étoile du matin et s'exclama : « Moi et tous les êtres des dix directions avons atteint simultanément la Voie du Bouddha. » Depuis ce moment, et sans jamais rompre le fil, la lampe a été transmise de main en main à travers vingt-huit patriarches en Inde, puis à travers six patriarches en Chine, jusqu'à ce qu'elle parvienne enfin à notre Grand Maître Dōgen, qui la porta sur cette terre du Japon.
Or, la transmission authentique n'est pas affaire de doctrine portée en de vains mots, ni de lettres gravées sur papier ou sur soie. C'est l'esprit qui transmet l'esprit, la lumière qui allume la lumière — d'esprit à esprit, sans détour. Ce qu'un ancêtre avait réalisé dans le secret de son propre corps et de sa propre vie, il le transmit à celui qui était capable de le recevoir, et celui-là à son tour le transmit de la même façon. Telle est la grande affaire de la transmission du Dharma.
J'ai compilé ici cinquante-trois cas, relatant la circonstance précise où chaque transmission eut lieu : les paroles prononcées, le geste accompli, le silence gardé, le bâton levé ou le kōan formulé — en un mot, le moment vivant où la lumière passa d'un cœur à l'autre. Je n'ai rien ajouté de mon cru. J'ai seulement tenté de rapporter fidèlement ce que les chroniques et les annales des maisons de transmission ont préservé.
Puisse celui qui lit ces pages ne s'arrêter pas aux mots. Les mots sont le doigt qui désigne la lune ; ce serait erreur grave que de prendre le doigt pour la lune elle-même. L'essentiel est de percevoir directement la lumière qui traverse chacun de ces cas, comme on perçoit la chaleur du feu sans avoir à l'expliquer.
À l'époque où je résidais au monastère de Daijōji, dans la province de Kaga, sollicité par mes disciples qui souhaitaient avoir accès aux actes de transmission des patriarches, j'entrepris de les rassembler et de les commenter, séance après séance, en salle de Dharma. Ces enseignements oraux furent par la suite mis par écrit. Qu'ils servent aux moines qui pratiquent assidûment le zazen en contemplant les kōan des anciens, à ceux qui veillent la nuit dans la salle de méditation, à ceux qui cherchent avec sincérité le visage originel qu'ils avaient avant la naissance de leurs parents.
La lumière de Śākyamuni est toujours là. Elle n'a pas attendu que nous la cherchions pour briller. Mais si nous ne la cherchons pas, elle reste comme le soleil derrière les nuages : présente, et cependant voilée.
Qu'il en soit fait offrande aux trois trésors — Bouddha, Dharma, Sangha — et que par ce mérite, tous les êtres sentients puissent pleinement réaliser l'Éveil.
Keizan Jōkin, dixième année de l'ère Tokuji (1309),
monastère de Daijōji, province de Kaga.
Texte source (伝光録 / Denkōroku)
【本則】
釋迦牟尼佛、見明星悟道曰、我與大地有情、同時成道。
【機縁】
夫れ釋迦牟尼佛は、西天の日種姓なり。十九歳にして子夜に城を踰え、檀特山にして斷髪す。それよりこのかた、苦行六年、遂に金剛座上に坐して、蛛網を眉間に入れ、鵲巢を頂上に安じて、葦、坐をとほし、安住不動、六年端坐、三十歳臘月八日、明星の出しとき、忽ち悟道、最初獅子吼するに是言あり。
爾しより以來、四十九年、一日も獨居することなく、暫時も衆の爲に、説法せざることなし。一衣一鉢欠くことなし。三百六十餘會、時時に説法す。終に正法眼藏を摩訶迦葉に付囑す。流傳して今に及ぶ。實に梵漢和の三國に流傳して、正法修行すること之を以て根本とす。彼の一期の行狀、以て遺弟の表準たり。設ひ三十二相、八十種好を具足すると雖も、必ず老比丘の形にして、人人にかはることなし。故に在世よりこのかた、正像末の三時、彼の法儀を慕ふ者、佛の形儀をかたどり、佛の受用を受用して、行住坐臥、片時も自己を先とせざることなし。《禪苑清規》像佛形儀、具佛戒律、得佛受用、此非小事。
佛佛祖祖、單傳し來りて、正法斷絶せず。今の因縁分明に指説す。設ひ四十九年、三百六十餘會、指説すること異なりと雖も、種々因縁、譬喩言説、この道理に過ぎず。
【拈提】
謂ゆる我とは釋迦牟尼佛に非ず。釋迦牟尼佛も、この我より出生し來る。唯、釋迦牟尼佛出生するのみに非ず。大地有情も皆是れより出生す。大綱を擧るとき、衆目悉く擧るが如く、釋迦牟尼佛成道するとき、大地有情も成道す。唯、大地有情成道するにのみに非ず、三世諸佛も皆成道す。恁麼なりと雖も、釋迦牟尼佛に於て、成道の思ひをなすことなし。大地有情の外に釋迦牟尼佛を見ること勿れ。設ひ山河大地、森羅萬像、森森たりと雖も、悉く是れ瞿曇の眼晴裏を免がれず。汝等諸人、また瞿曇の眼晴裏に立せり。唯立せるのみに非ず、今の諸人に換却しおはれり。又瞿曇の眼晴肉團子となりて、人人の全身、箇箇壁立萬仞せり。故に亙古亙今、明明たる眼晴、歴歴たる諸人と思ふこと勿れ。諸人卽ち是れ瞿曇の眼晴なり、瞿曇卽ち是れ諸人の全身なり。若し恁麼ならば、何を呼でか、成道底の道理とせん。
且問す、大衆、瞿曇の諸人と與に成道するか、諸人の瞿曇と與に成道するか。若し諸人の瞿曇と與に成道すると言ひ、瞿曇の諸人と與に成道すると言はば、全くこれ瞿曇の成道にあらず。因て成道底の道理と爲すべからず。成道の道理、親切に會せんと思はば、瞿曇、諸人、一時に拂却して、早く我なることを知るべし。我の與なる、大地有情なり。與の我なる、是れ瞿曇老漢に非ず。子細に點檢し、子細に商量して、我を明らめ、與を知るべし。設ひ我を明らめたりといふとも、與を明らめずんば、亦た一隻眼を失す。然と雖も我と與と一般に非ず、兩般に非ず。正に汝等の皮肉骨髓、盡く與なり。屋裏の主人公、是れ我なり。皮肉骨髓を帶せず、四大五蘊を帶せず。畢竟して言はば、庵中不死の人を識らんと欲せば、豈今這の皮袋を離れんや。然れば大地有情の會をなすべからず。
設ひ春夏秋冬に、轉變し來りて、山河大地、時と與に異なりと雖も、知るべし、是れ瞿曇老漢の、揚眉瞬目なる故に、萬像之中獨露身なるなり。撥萬像也、不撥萬像也。法眼曰く、甚麼の撥不撥とか説かん。又地藏曰く、甚麼を喚でか萬像と作さん。然あれば、横參竪參し七通八達して、應に瞿曇の悟處を明らめ、自己の成道を會すべし。
恁麼の公案、子細に見得し、一一に胸襟より流出して、前佛及び今時の人の語句をからず、次の請益の日を以て下語説道理すべし。
山僧、亦た此一則下に卑語を着けんことを思ふ。諸人聞かんと要すや。
【頌古】
一枝秀出老梅樹。荊棘與時築著來。
Traduit du kanbun d'après le texte fourni par CBETA (Chinese Buddhist Electronic Text Association (CBETA)), T2585. Composé en 1309.
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