Āryadeva
Présentation
Āryadeva (提婆), quinzième patriarche indien, était le principal disciple de Nāgārjuna et un maître inégalé du débat philosophique. Son nom signifie « Dieu » ou « Divin ». Selon la légende, il serait né d'un lotus, symbole de sa naissance miraculeuse.
Il défendit et diffusa la doctrine de la Vacuité dans toute l'Inde, remportant des débats contre les brahmanes, les jaïns et les hérétiques de toutes confessions. Sa méthode n'était pas l'agression mais l'ouverture de l'espace : ses arguments, comme des lames de diamant, coupaient les certitudes sans laisser de trace.
Keizan célèbre en Āryadeva l'union de l'intelligence dialectique et de l'éveil — non pour convaincre l'autre d'une position, mais pour le libérer de toutes les positions.
Le Quinzième Ancêtre, le Vénérable Kanadeva, se rendit auprès du Grand Maître Nagarjuna. Alors qu'il approchait de la porte, Nagarjuna, sachant qu'il s'agissait d'un homme de sagesse, envoya d'abord son assistant placer devant son siège un bol rempli d'eau.
Le Vénérable, l'ayant vu, y déposa aussitôt une aiguille, puis entra pour le rencontrer. Leur rencontre fut joyeuse et leur accord profond.
Il était originaire du pays de l'Inde du Sud. Son nom de famille était Vaisravana. Initialement, il recherchait les mérites karmiques et se plaisait également aux débats. Le Vénérable Nagarjuna, ayant réalisé le dharma, voyagea pour enseigner et parvint en Inde du Sud. Les gens de ce pays croyaient beaucoup aux mérites karmiques. Entendant le Vénérable exposer le merveilleux dharma, ils se dirent les uns aux autres : 'Posséder des mérites karmiques est la première chose en ce monde. Parler en vain de la nature de bouddha, qui pourrait jamais la percevoir ?'Nagarjuna dit : 'Si vous désirez voir la nature de bouddha, vous devez d'abord abandonner votre orgueil.'Ces personnes demandèrent : 'La nature de bouddha est-elle grande ou petite ?'Nagarjuna répondit : 'La nature de bouddha n'est ni grande ni petite, ni vaste ni étroite. Elle est sans mérite ni rétribution, sans mort ni naissance.'Entendant la supériorité de cette vérité, ils tournèrent tous leur esprit initial.
Parmi eux, le grandement sage Kanadeva
se rendit auprès du Grand Maître Nagarjuna. Jusqu'à ce que, joyeusement, ils soient en profond accord.
Aussitôt, [Nagarjuna] partagea la moitié de son siège pour qu'il s'assoie. Exactement comme Kasyapa au Pic des Vautours.
Le Denkoroku parvint jusqu'au sud de l'Inde. Les habitants de ce pays croyaient surtout en la culture des mérites. Entendant le Vénérable exposer le dharma merveilleux, ils se disaient l'un à l'autre : « L'homme qui accumule des mérites est le premier du monde. Mais qui a jamais vu le bouddha dont on parle tant ? » Le Vénérable dit : « Si vous désirez voir la nature de bouddha, il faut d'abord éliminer l'orgueil. » Ils demandèrent : « La nature de bouddha est-elle grande ou petite ? » Le Vénérable répondit : « Ni grande ni petite, ni vaste ni étroite. Sans mérite ni rétribution, sans mort ni naissance. » Ayant entendu cette vérité supérieure, ils reconnurent Nāgārjuna. Celui-ci leur exposa le dharma. Sans quitter son siège, il manifesta l'aspect du disque lunaire. Le maître dit à l'assemblée : « Ceci est le Vénérable manifestant le corps et les aspects de la nature de bouddha pour nous les montrer. Comment le savons-nous ? Car le samādhi sans forme est comme la lune pleine. Le sens de la nature de bouddha est vaste, vide et lumineux. » À ces mots, l'aspect du disque disparut.
De nouveau assis sur son siège originel, il dit ce gāthā : « Le corps manifeste l'aspect de la lune pleine, pour exprimer le corps de tous les bouddhas. Exposer le dharma n'a pas de forme.
Utiliser la discrimination n'est ni son ni couleur. » Ainsi, maître et disciple sont difficiles à séparer, la lignée vitale est immédiatement transmise.
La cause et les conditions d'auparavant ne sont pas ordinaires. Dès l'origine, ils se rencontrèrent dans la voie. Nāgārjuna n'eut pas un mot à dire, Āryadeva n'eut pas une question à poser. Ainsi maître et disciple sont difficiles à établir, comment distinguer hôte et invité ? C'est pourquoi, particulièrement, Kānadeva éleva et exposa le style de l'école, et finalement dans les cinq Indes on parla de l'école d'Āryadeva. On dit que c'est comme remplir un bol d'argent de neige, cacher un héron dans la lune claire.
Pour cette raison, au moment de leur première rencontre, il plaça devant le siège un bol rempli d'eau. Y avait-il intérieur et extérieur ? Y avait-il dedans et dehors ? Déjà le bol était plein, sans aucun manque. L'eau était aussi calme, vide et lumineuse. Pénétrante et parfaitement pure. Remplie et spirituellement claire. Ainsi, en y jetant une aiguille, ils s'accordèrent.
Il faut être totalement pénétrant, jusqu'au sommet. Ni correct ni partial. Parvenu ici, maître et disciple sont difficiles à séparer. Similaires mais non identiques, mêlés mais sans trace.
Sourcils levés et clignement des yeux manifestent cette affaire, voir les formes et entendre les sons l'expriment. Ainsi les noms des sons et des formes ne peuvent être dits, la vision et l'ouïe ne doivent être abandonnées. Parfaitement clair et sans marque, comme l'eau pure étendue dans le vide. Pénétrant totalement le principe spirituel, semblable au moment où l'on cherche la pointe acérée. Partout la pointe se révèle et vient, clairement elle traverse l'esprit et s'en va. L'eau aussi coule et traverse, perce la montagne, imprègne le ciel et s'en va, l'aiguille aussi transperce le sac, perce la graine de moutarde et vient. Pourtant l'eau finalement n'est pas brisée par les choses, comment pourrait-elle laisser de traces ? L'aiguille aussi, pour autrui, dépasse en dureté le diamant.
Cette aiguille et cette eau, comment pourraient-elles être autre ? Elles sont précisément votre corps et votre esprit. Lorsqu'absorbées entièrement, ce n'est qu'une aiguille, lorsqu'expulsées, c'est à nouveau de l'eau pure. Ainsi la voie du maître et du disciple, parfaitement réalisée, est totalement sans soi ni autre. Ainsi la lignée vitale étant réalisée, au moment juste de la clarté étendue, rien ne peut être caché dans les dix directions.
Exactement comme la vigne de calebasse enroulée autour de la graine de calebasse. S'accrochant et venant, s'accrochant et s'en allant, ce n'est que le propre esprit. Pourtant, bien que vous connaissiez l'eau pure, vous devez examiner attentivement et percevoir clairement qu'il y a une aiguille au fond. Si vous l'absorbez par erreur, elle viendra certainement percer votre gorge.
Pourtant, bien que ce soit ainsi, ne créez pas deux catégories. Il faut seulement absorber entièrement, expulser entièrement et examiner attentivement par la réflexion. Même si vous percevez clarté et pureté, fusion vide, c'est précisément alors qu'il y a pénétration étendue et solidité. Les trois calamités d'eau, feu et vent ne pourront l'envahir, les kalpas de formation, durée, destruction et vide ne pourront la déplacer.
Ainsi, pour exposer pleinement cette cause et condition, il y a encore ces paroles humbles. Assemblée, si vous voulez entendre : Une aiguille pêche et épuise toute l'eau de l'océan. Le dragon féroce nulle part ne peut cacher son corps.
Traduit du kanbun d'après le texte fourni par CBETA (Chinese Buddhist Electronic Text Association (CBETA)), T2585. Composé en 1309.
Texte source (伝光録 / Denkōroku)
第十五祖、迦那提婆尊者、謁龍樹大士、將及門。龍樹知是智人、
先遣侍者、以滿鉢水、置於座前。尊者覩之、卽以一針投、而進之相見、忻然契會。
南天竺國の人なり。姓は毘舎羅。初め福業を求む。兼て辨論を樂《景德傳燈錄》南天竺國人也。姓毘舍羅。初求福業兼樂辯論。( T龍樹尊者、得法行化して南印度に到る。彼國の人多く福業を信ず。尊者の爲に妙法を説くを聞て、遞に相謂て曰く、人に福業あるは世間の第一なり。徒に佛性を言ふ、誰か能く之を覩ん。龍樹曰く、汝佛性を見んと欲すや、先づ須らく我慢を除くべし。彼人曰く、佛性は大か小か。龍樹曰く、佛性は大に非ず小に非ず、廣に非ず狹に非ず。福なく報なく、不死不生なり。彼れ理の勝れたるを聞て悉く初心を廻す。
其中の大智慧、迦那提婆、
龍樹大士に謁す。乃至、忻然として契會す。
卽ち半座を分て居せしむ。恰かも靈山の迦葉の如し。
《景德傳燈錄》至南印度。彼國之人多信福業。聞尊者爲説妙法遞相謂曰。人有福業世間第一。徒言佛信誰能覩之。尊者曰。汝欲見佛性先須除我慢。彼人曰。佛性大小。尊者曰。非大非小非廣非狹。無福無報不死不生。彼聞理勝悉龍樹卽ち爲に説法す。座を起たずして月輪の相を現ず。 師、衆會に謂て曰く、此は是れ尊者佛性の体相を現じて、以て我等に示す。何を以て之を知る。蓋し以れば無相三昧は、形滿月の如し。佛性の義、廓然虛明なりと。言ひ訖て輪相卽ち隱る。
復た本座に居して偈を説て言く、「身現圓月相。以表諸佛體。説法無其形。
用辨非聲色。」是の如くなるが故に、師資分ち難く、命脈卽通す。
適來の因縁、是れ尋常に非ず。最初に道に合し來る。龍樹も一言の説なく、提婆も一言の問なし。故に師資存し難く、賓主如何が分たん。是に依て、殊に迦那提婆、宗風を擧説して、遂に五天竺の間、提婆宗と謂はれしなり。謂ゆる銀盌に雪を盛り、明月に鷺を藏すが如し。
是の如き故に最初相見の時、卽ち滿鉢の水を以て座前に置しむ。豈表裏を存し、内外を存せんや。已に是れ滿鉢、終に虧闕なし。亦是れ湛水虛明なり。通徹して純清なり。彌滿して靈明なり。故に一針を投じて契會す。
須らく徹底徹頂なるべし。正なく偏なし。此に到りて師資分ち難し。類すれども齊きことなく、混ずれども跡なし。
揚眉瞬目を以て此事を現ぜしめ、見色聞聲を以て此事を表す。故に聲色の名くべきなく、見聞の捨つべきなし。圓明無相にして、清水の虛廓なるが如し。靈理に通徹し、神鋒を求むる時に似たり。處處鋒を露はし來り、明明として心を通じもて去る。水も流れ通じて、山を穿ち天を浸し去り、針も嚢を透し芥子を刺しもて來る。然も水、遂に物の爲に破れず、豈跡を作すことあらんや。針も他の爲に堅きこと金剛にも過たり。
恁麼の針水、豈是れ他ならんや。卽是汝等が身心なり。呑盡の時は唯是れ一針なり、吐却の時は又是れ清水なり。故に師資の道、通達して全く是れ自他なし。故に命脈卽通して、正に廓明なる時、十方に藏むべきに非ず。
恰も胡蘆藤種葫蘆を纏ふが如し。攀來り攀去る、唯是れ自心なるのみなり。然も諸人、清水を知り得たりとも、子細に覺觸して、底に針あることを明むべし。若し錯まりて服することあらば、果して咽喉を破り來らん。
然も是の如くなりと雖ども、兩般の會を作すこと勿れ。只須からく呑盡吐盡して子細に思量して見よ。設ひ清白にして虛融なりと覺すとも、正に是れ廓徹堅固なることあらん。水火風の三災も侵すことなく、成住壞空劫も移すことなけん。
故に這箇の因縁を説破せんとするに更に卑語あり。大衆、聞かんと要す一針釣盡滄溟水。獰龍到處難藏身。
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