Nagyaharajuna

那伽閼刺樹那
Nāgārjuna · नागार्जुन · vers 150–250
École
Madhyamaka (Voie du Milieu) · Mahāyāna · Transmission du Bouddha
Maître
Kapimala (Kabimora, 迦毘摩羅, 14e patriarche)
Disciples
Kāṇadeva (Kanadaiba, 迦那提婆, 16e patriarche)
Fonction
15e patriarche indien du Zen · Fondateur du Madhyamaka
Né
vers 150 — Sud de l'Inde
Mort
vers 250
Œuvre principale
Mūlamadhyamakakārikā (中論頌, Stances fondamentales du Milieu)
Nagyaharajuna
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Présentation

Nāgārjuna (Nagyaharajuna), le 15e patriarche indien du Zen, est le plus grand philosophe bouddhiste après le Bouddha lui-même. Né vers 150 dans le sud de l'Inde, ce brahmane érudit se convertit au bouddhisme après sa rencontre avec Kapimala et fonda l'école Madhyamaka (Voie du Milieu), l'une des deux écoles majeures de la philosophie Mahāyāna. Son œuvre maîtresse, le Mūlamadhyamakakārikā (Stances fondamentales du Milieu), expose la doctrine de la vacuité (śūnyatā) et la coproduction conditionnée, démontrant que tous les phénomènes sont dépourvus d'existence inhérente. Son influence est immense, traversant toutes les traditions bouddhistes — du Tibet à la Chine, du Japon à la philosophie mondiale contemporaine — et il est vénéré comme le « second Bouddha » dans l'ensemble du Mahāyāna.

Biographie

Nāgārjuna (sanskrit : नागार्जुन, « Nāga victorieux » ; tibétain : Klu sgrub ; chinois : 龍樹, Lóngshù) est le plus grand philosophe bouddhiste après le Bouddha lui-même. Né vers 150 de notre ère dans le sud de l'Inde, il fonda l'école Madhyamaka (Voie du Milieu), l'une des deux écoles majeures de la philosophie Mahāyāna.

Selon la tradition, Nāgārjuna naquit dans une famille brahmane. Il fut d'abord un érudit des textes védiques, puis se convertit au bouddhisme après sa rencontre avec Kapimala (Kabimora, le 14e patriarche), qui le convainquit par son enseignement. Il reçut l'ordination et devint moine bouddhiste.

Nāgārjuna aurait vécu au monastère de Nālandā (le plus grand centre d'études bouddhistes de l'Inde ancienne) et aurait également résidé dans les monts Śrīparvata (dans l'actuel Andhra Pradesh). De nombreuses légendes l'associent aux nāga (êtres serpentins), qui lui auraient confié les Sūtras de la Prajñāpāramitā (Perfection de la Sagesse) qu'ils gardaient dans les profondeurs océaniques.

Philosophie : le Madhyamaka

L'œuvre maîtresse de Nāgārjuna est le Mūlamadhyamakakārikā (Stances fondamentales du Milieu), un texte en 447 vers qui expose la doctrine de la vacuité (śūnyatā). Les idées centrales sont :

La Vacuité (Śūnyatā)

Nāgārjuna démontre que tous les phénomènes (dharmas) sont « vides » d'existence inhérente ou indépendante (svabhāva). Rien n'existe par soi-même — tout n'est que relation, dépendance, interaction. La vacuité n'est pas un néant : elle est l'absence de nature propre, la dimension relationnelle de toute réalité.

« Ce qui naît en dépendance est précisément la vacuité. La vacuité est une désignation dépendante. C'est précisément la voie du milieu. »
— Nāgārjuna, Mūlamadhyamakakārikā, XXIV:18

La Coproduction Conditionnée (Pratītyasamutpāda)

Nāgārjuna reprend la doctrine bouddhiste fondamentale de la coproduction conditionnée et en tire les conséquences radicales : puisque tout phénomène naît en dépendance de causes et de conditions, rien ne possède d'existence propre. Cette interdépendance universelle est la vérité ultime.

Les Deux Vérités

Nāgārjuna distingue deux niveaux de vérité : la vérité conventionnelle (saṃvṛti-satya) — le monde des apparences, des noms et des concepts — et la vérité ultime (paramārtha-satya) — la vacuité. Ces deux vérités ne sont pas opposées mais complémentaires : la vérité ultime est réalisée à travers la compréhension de la vérité conventionnelle.

Œuvres majeures

De nombreuses œuvres sont attribuées à Nāgārjuna, mais les plus importantes sont :

Mūlamadhyamakakārikā (中論頌, Stances fondamentales du Milieu) — Le texte fondateur du Madhyamaka, 447 vers répartis en 27 chapitres. C'est l'un des textes philosophiques les plus commentés de toute l'histoire bouddhiste. Traduit en chinois par Kumārajīva (409), il a généré des centaines de commentaires en Inde, au Tibet, en Chine et au Japon.

Vigrahavyāvartanī (迴諍論, Réfutation des objections) — Un texte dialectique où Nāgārjuna répond aux objections contre la doctrine de la vacuité.

Śūnyatāsaptati (七十空性論, Soixante-dix stances sur la vacuité) — Une présentation plus concise de la vacuité.

Yuktiṣaṣṭikā (六十頌如理論, Soixante stances sur le raisonnement) — Un examen critique des catégories philosophiques.

Ratnāvalī (寶行王正論, La Guirlande de joyaux) — Un conseil à un roi (identifié à l'empereur Śātavāhana Yajñaśrī), combinant philosophie et éthique bouddhiste.

Suṛllekha (Lettre amicale) — Une lettre de conseils pratiques à un roi.

Note : plusieurs textes attribués à Nāgārjuna dans la tradition — notamment des traités tantriques et des commentaires — sont probablement d'auteurs postérieurs partageant le même nom.

Influence et héritage

L'influence de Nāgārjuna est immense et traverse toutes les traditions bouddhistes :

  • Mahāyāna : Nāgārjuna est considéré comme le « second Bouddha » dans tout le Mahāyāna. Son Madhyamaka est l'une des deux écoles philosophiques majeures (avec le Yogācāra).
  • Tibet : Toutes les écoles du bouddhisme tibétain (Nyingma, Kagyu, Sakya, Gelug) étudient et vénèrent Nāgārjuna. Le 14e dalaï-lama cite fréquemment le Mūlamadhyamakakārikā.
  • Chine : Nāgārjuna (龍樹, Lóngshù) est considéré comme le fondateur de l'école Sanlun (三論宗, Trois Traités) et comme un ancêtre du Tiantai. Son influence s'étend au Chan/Zen.
  • Japon : Dans le Zen Sōtō, Nāgārjuna est le 15e patriarche indien. Dōgen le cite abondamment dans le Shōbōgenzō.
  • Philosophie mondiale : Nāgārjuna est comparé à Pyrrhon (scepticisme grec), à Hegel (dialectique), à Wittgenstein (critique du langage) et aux déconstructivistes contemporains.

Son analyse de la vacuité comme « négation de la négation » et « voie du milieu entre l'éternalisme et le nihilisme » reste un chef-d'œuvre de la pensée philosophique universelle.

Héritage dans la tradition Zen

Dans la lignée Zen, Nāgārjuna (Nagyaharajuna) est le 15e patriarche indien — un maillon essentiel avant la transmission vers Aśvaghoṣa et, finalement, vers Bodhidharma (28e patriarche indien, 1er patriarche chinois).

Le Denkōroku de Keizan Jōkin consacre son 15e cas à Nāgārjuna. La transmission de Kapimala à Nāgārjuna y est décrite comme une reconnaissance mutuelle : Kapimala, voyant la profonde intelligence de Nāgārjuna, sut qu'il avait trouvé son successeur et lui transmit le Dharma sans hésitation.

Nāgārjuna transmit à son tour le Dharma à Kāṇadeva (Kanadaiba, 迦那提婆, 16e patriarche), un autre grand philosophe Madhyamaka du IIe siècle, perpétuant la lignée qui mènera jusqu'à Bodhidharma puis au Chan chinois.

Sources

  • Keizan Jōkin, Denkōroku — Cas 15 (Nagyaharajuna)
  • Nāgārjuna, Mūlamadhyamakakārikā (trad. Guy Bugault, Aubier, 2002)
  • Étienne Lamotte, Histoire du bouddhisme indien, 1958
  • Richard H. Robinson, Early Mādhyamika in India and China, 1967
  • Jan Westerhoff, Nāgārjuna's Madhyamaka: A Philosophical Introduction, Oxford University Press, 2009
  • Wikipedia — Nāgārjuna

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