Yakusan Igen

Présentation
Yakusan Igen (Yaoshan Weiyan, 745–828) est le 37e patriarche du Sōtō Zen et l'une des figures majeures du Chan de l'âge d'or des Tang. Disciple à la fois de Sekitō Kisen et de Baso Dōitsu, il est surtout connu pour son enseignement du « non-penser » (hishiryō), une pratique de l'esprit qui transcende le dualisme du penser et du ne-pas-penser. Établi au mont Yakusan (Hunan), il compta parmi ses disciples Ungan Donjō, à qui il transmit le sceau du dharma, assurant ainsi la continuité de la lignée Caodong.
Biographie
Yakusan Igen (Yaoshan Weiyan) naît en 745 dans une famille lettrée du comté de Jiangxi (province du Jiangxi, Chine), sous la dynastie des Tang. Il entre en religion à l'âge de dix-sept ans auprès du maître Baso Dōitsu (Mazu Daoyi), figure majeure de l'école Hongzhou, auprès duquel il séjourne près de vingt ans.
Après la mort de Mazu en 788, Yakusan se rend auprès de Sekitō Kisen (Shitou Xiqian) au mont Nanyue, dans le Hunan. Selon les sources traditionnelles, c'est de Sekitō qu'il reçoit la transmission du sceau du dharma, bien que la question de son maître principal fasse débat parmi les historiens. L'épitaphe de Yakusan, rédigée par Tang Shen en 834 — sept ans seulement après sa mort — mentionne qu'il resta auprès de Mazu pendant près de vingt ans, tout en reconnaissant Sekitō comme son maître.
Yakusan s'établit ensuite au mont Yakusan (藥山, « la Montagne des Médicaments »), dans l'actuel Hunan, où il attire un grand nombre de disciples et enseigne jusqu'à sa mort en 828. Il est considéré comme le fondateur du monastère qui portera son nom, et l'un des maîtres les plus influents du Chan de l'âge d'or des Tang.
Son épitaphe résume son enseignement en ces termes : « L'esprit numineux est pur par lui-même, mais il est obscurci par les apparences phénoménales. Si vous pouvez écarter tous les phénomènes, il n'y aura plus de choses duales. »
L'enseignement du « Non-penser » (Hishiryō)
Yakusan est resté célèbre dans tout le Zen pour son enseignement sur la méditation, transmis par un échange devenu canonique. Ce dialogue est cité abondamment par Dōgen dans le Shōbōgenzō, le Fukan Zazengi et l'Eihei Kōroku :
Un jour que le maître était assis en méditation, un moine lui demanda : « À quoi pensez-vous, ainsi immobile ? »
Le maître répondit : « Je pense au non-penser (思量箇不思量底, shiryō kō fushiryō). »
Le moine demanda : « Comment pensez-vous au non-penser ? »
Le maître répondit : « Non-penser (非思量, hishiryō). »
Ce dialogue, d'une simplicité vertigineuse, est pour Dōgen l'expression la plus parfaite de la nature de zazen. Le hishiryō n'est ni la pensée ordinaire (shiryō), ni l'absence de pensée (fushiryō), mais une troisième voie : l'état de conscience au-delà de la dualité penser/ne-pas-penser — la présence pure et sans objet de l'éveil en action.
Dans un autre échange célèbre avec Sekitō Kisen :
Sekitō demanda : « Que fais-tu ici ? »
Yakusan répondit : « Je ne fais rien du tout. »
Sekitō dit : « Alors tu es simplement assis paresseusement. »
Yakusan répondit : « Si j'étais assis paresseusement, je ferais quelque chose. »
Cet échange illustre la pratique du shikantaza avant même que le terme ne soit formulé : une assise sans but, sans acquisition, sans effort — l'activité même du Bouddha.
Yakusan et ses disciples
Yakusan eut deux héritiers majeurs : Ungan Donjō (Yunyan Tansheng) et Dōgo Enchi (Daowu Yuanzhi). Ces deux moines, qui étudièrent ensemble auprès de Yakusan, sont inséparables dans les annales du Chan : de nombreux kōans les mettent en scène dialoguant l'un avec l'autre. Ungan deviendra le maître de Tōzan Ryōkai (Dongshan Liangjie), le fondateur de l'école Caodong.
Le dialogue suivant entre Yakusan et Ungan est rapporté dans le Jingde Chuandeng Lu :
Ungan demanda : « Quelle est la réalité ultime de l'enseignement du Bouddha ? »
Yakusan répondit : « C'est comme ouvrir un magasin de jouets. »
Ungan dit : « Que voulez-vous dire ? »
Yakusan répondit : « Vendre et acheter, toutes sortes de choses. »
Cette réponse énigmatique illustre le style de Yakusan : l'enseignement du dharma n'est pas un savoir abstrait, mais un jeu libre et spontané de l'esprit éveillé.
Héritage et postérité
Yakusan occupe une place charnière dans l'histoire du Zen. Par l'intermédiaire de son disciple Ungan, puis de Tōzan Ryōkai, il est un maillon direct de la chaîne qui mène à la fondation de l'école Sōtō au Japon. Son enseignement du hishiryō est l'une des sources les plus profondes de la pensée de Dōgen, qui le cite comme autorité sur la nature du zazen.
Dans le Denkōroku de Keizan Jōkin, Yakusan est le 37e patriarche, entre Sekitō Kisen (36e) et Ungan Donjō (38e). Il est également mentionné dans de nombreux kōans du Hekiganroku (Recueil de la Falaise Bleue) et du Shōbōgenzō.
Son influence se mesure aussi par la postérité de son lieu d'enseignement : le mont Yakusan devint un haut lieu du Chan, et son nom même — « la Montagne des Médicaments » — évoque la fonction curative du dharma, remède aux souffrances de l'existence conditionnée.
Sources
- Jia Jinhua, The Hongzhou School of Chan Buddhism in Eighth- Through Tenth-Century China, SUNY Press, 2007 — pp. 28–32
- Andy Ferguson, Zen's Chinese Heritage: The Masters and Their Teachings, Wisdom Publications, 2011 — pp. 134–140
- Keizan Jōkin, Denkōroku — Cas 37 (Yakusan)
- Dōgen, Shōbōgenzō — nombreux chapitres citant le hishiryō de Yakusan
- Jingde Chuandeng Lu (景德傳燈錄) — Taishō Tripiṭaka T2076
- Wikipedia — Yaoshan Weiyan
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