Tendō Nyojō

天童如淨
Tiantong Rujing · 1163–1228
École
Chan Caodong (Sōtō Zen)
Maître
Set-chō Chikan (Xuedou Zhijian, 雪竇智鑑, 1105–1192)
Disciples
Eihei Dōgen (1200–1253), Jakuen (寂圓)
Fonction
51e patriarche du Sōtō Zen · Abbé des monastères Qingliang, Jingci, Ruiyan et Tiantong
Œuvre principale
Nyojō Goroku (如淨語錄, Recueil des Entretiens de Maître Nyojō)
Tendō Nyojō
Public domain — Wikimedia Commons

Présentation

Tendō Nyojō (Tiantong Rujing, 1163–1228) est le 51e patriarche du Sōtō Zen, disciple de Set-chō Chikan et le maître d'Eihei Dōgen, fondateur de l'école Sōtō au Japon. Il fut l'abbé de quatre grands monastères — Qingliang, Jingci, Ruiyan et Tiantong — où il enseigna avec une humilité légendaire, refusant les honneurs impériaux et continuant à nettoyer les toilettes du monastère même après être devenu abbé. Son enseignement du « shinjin datsuraku » (abandon du corps-esprit) et du shikantaza (zazen seulement) fut transmis à Dōgen et devint le cœur de la pratique Sōtō. Il s'éteignit en 1228, léguant six héritiers du dharma.

Biographie

Tendō Nyojō naît le 8 août 1163 dans la ville de Weijiang, près de l'actuel Ningbo (province du Zhejiang, Chine), sous la dynastie des Song du Sud. Il entre jeune en religion et reçoit l'ordination complète à l'âge de dix-neuf ans (1182).

Son maître est Set-chō Chikan (Zu'an Zhijian, 1105–1192), 16e descendant dharma de Daikan Enō (Huineng, le 6e patriarche). De lui, Nyojō reçoit la transmission du dharma et devient le 51e patriarche de la lignée Sōtō.

Nyojō réside successivement dans quatre grands monastères : Qingliang (à Nankin), Jingci (au bord du lac de l'Ouest à Hangzhou), Ruiyan (au mont Tiantai), et enfin le célèbre monastère Tiantong (au mont Tiantong, près de Ningbo), où il termine sa vie.

Selon la tradition rapportée par Keizan Jōkin dans le Denkōroku, Nyojō était un maître d'une humilité profonde : même devenu abbé, il ne se mettait jamais au-dessus des autres moines, portait la simple robe noire d'un moine ordinaire, et refusa la robe pourpre honorifique que lui offrait l'empereur. Jusqu'après son éveil, il continuait à nettoyer les toilettes du monastère — geste d'humilité radicale qui marqua profondément ses disciples.

Le 18 août 1228, à l'âge de 65 ans, Nyojō compose son poème de mort (chōka) et s'éteint paisiblement au monastère Tiantong. Six de ses héritiers du dharma perpétueront sa lignée, dont le plus illustre est Dōgen.

Rencontre avec Dōgen et l'Éveil

Dōgen arrive au monastère Tiantong en 1223, après un premier séjour décevant au monastère Tiantong-kyō (sous un autre maître). C'est lors d'un second séjour, en 1225, qu'il rencontre Nyojō, récemment nommé abbé. Nyojō incarne pour Dōgen le maître authentique qu'il cherchait depuis son départ du Japon.

L'événement capital se produit une nuit de zazen. Nyojō s'adresse à l'assemblée assise en méditation :

« La pratique du zen doit être l'abandon du corps et de l'esprit. Faire zazen, ce n'est pas brûler de l'encens, se prosterner, réciter les noms des Bouddhas, faire des zazen de repentance ou lire des sūtras. C'est simplement s'asseoir en abandonnant le corps et l'esprit. »

En entendant ces mots, Dōgen connaît un grand éveil (daigo). Il se rend aussitôt dans la chambre du maître et brûle de l'encens devant lui. S'ensuit le célèbre échange :

Nyojō : « Corps et esprit abandonnés ? »
Dōgen : « Oui. »
Nyojō : « Abandonner le corps et l'esprit ? »
Dōgen : « Cela ne doit pas être confirmé à la légère. »
Nyojō : « Je ne confirme pas à la légère. »
Dōgen : « Abandonné, abandonné. »

Nyojō confirme alors l'éveil de Dōgen en ces termes : « Tu as abandonné corps et esprit. » Ce shinjin datsuraku (身心脫落) — littéralement « chute du corps et de l'esprit » — deviendra le concept central de l'enseignement de Dōgen.

Dōgen reste auprès de Nyojō jusqu'en 1227, date à laquelle il reçoit la transmission du dharma et retourne au Japon. Le journal de Dōgen, le Hōkyōki (宝慶記), consigne fidèlement les entretiens qu'il eut avec Nyojō pendant ces années — un témoignage direct et précieux de leur relation.

Enseignements principaux

Shinjin Datsuraku — 身心脫落

Le concept le plus célèbre de Nyojō. « Abandon du corps et de l'esprit » ne désigne ni un rejet du corps ni un anéantissement de l'esprit, mais la libération de l'attachement au dualisme corps-esprit, soi-monde. C'est l'expérience directe de la non-dualité, où le pratiquant cesse de s'identifier à ses pensées, ses sensations et sa conscience individuelle pour s'ouvrir à la réalité telle qu'elle est.

Shikantaza — 只管打坐

Nyojō serait à l'origine de ce terme qui signifie « seulement s'asseoir ». Contrairement à la méditation avec un objet (comme compter les souffles), le shikantaza est une assise sans but, sans effort, sans attente — la manifestation même de l'éveil en action. Dōgen en fera le cœur de sa pratique au Japon.

L'exigence dans la pratique

Nyojō était réputé pour sa sévérité. Il interdisait formellement de dormir pendant le zazen, exhortant les moines à « une vigilance de chaque instant ». Ses sermons sont ponctués de cris, de coups de bâton et de métaphores tranchantes : « Trancher la tête et les cornes du dragon-baleine. Couper les griffes et les crocs du tigre et du léopard. »

La poésie du dharma

Le Nyojō Goroku révèle un maître d'une grande expressivité poétique. Ses prédications sont tissées d'allusions à la nature — fleurs de prunier, nuages, montagnes, lune — et d'images saisissantes : « Le grand océan s'assèche, le fond de la mer se fissure ! Les vagues déferlantes frappent le ciel ! »

Œuvres principales

Nyojō Goroku (如淨語錄) — Texte référencé dans le Canon chinois (Taishō T2002A). Compilé par ses disciples Wensu, Miaozong et Weijing, il rassemble :

  • Les annales des quatre monastères (Qingliang, Jingci, Ruiyan, Tiantong)
  • Sermons formels (shangtang) et discours à l'assemblée
  • Conférences sur des kōans anciens
  • Éloges des anciens maîtres et louanges du Bouddha
  • Gāthās et hymnes poétiques
  • Instructions générales à la communauté

Le texte complet est disponible sur ce site : Nyojō Goroku — traduction française intégrale.

Nyojō Zenji Zoku Goroku (如淨禪師續語錄) — « Suite des Entretiens de Maître Nyojō » — un second volume complémentaire, également conservé dans le Canon bouddhiste chinois.

Poème de mort (1228) — composé par Nyojō juste avant sa mort :

Soixante-six ans
À commettre de terribles offenses contre le ciel,
Maintenant, bondissant au-delà,
Encore vivant, plongeant dans les Sources Jaunes.

Étonnant ! Je croyais autrefois que
La vie et la mort étaient sans rapport.

— Poème de mort de Tendō Nyojō, 18 août 1228

Une version du Nyojō Goroku aurait également été compilée par Dōgen lui-même, après son retour au Japon, attestant l'importance que ce dernier accordait aux paroles de son maître.

Héritage et postérité

L'influence de Nyojō sur le Zen japonais est immense, bien qu'indirecte — il n'a jamais mis les pieds au Japon. Par l'intermédiaire de Dōgen, ses enseignements ont façonné l'école Sōtō dans son entier :

  • Le shikantaza comme pratique centrale du Sōtō Zen
  • Le concept de shinjin datsuraku, repris et développé dans tout le Shōbōgenzō
  • La conception de la transmission directe de maître à disciple, sans médiation conceptuelle
  • L'humilité radicale comme marque du véritable éveil

Il est mentionné à de multiples reprises dans le Shōbōgenzō de Dōgen, notamment dans les chapitres Hatsu-u (鉢盂) et Kokyō (古鏡). Son échange avec Dōgen est le 52e et dernier cas du Denkōroku de Keizan Jōkin.

Dans la lignée Sōtō, il est le 51e patriarche, entre Set-chō Chikan (49e/50e) et Dōgen (52e).

Sources

  • Andy Ferguson, Zen's Chinese Heritage: The Masters and Their Teachings, Wisdom Publications, 2011 — pp. 492–493
  • Keizan Jōkin, Denkōroku — Cas 52 (Dōgen), mention de Nyojō
  • Dōgen, Hōkyōki — Notes d'entretiens avec Nyojō
  • Nyojō Goroku — Taishō Tripiṭaka T2002A (如淨禪師語錄)
  • Steven Heine, The Zen Poetry of Dōgen, Tuttle, 1997 — comprend le poème de mort de Rujing
  • Sotoshu.net — Glossaire Sōtō
  • Terebess Online — Fiche Tiantong Rujing

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